Le tourisme de la honte

samedi 18 novembre 2017 1:40

Activité qui s’apparente à un spectacle de bêtes de foire, les safaris humains poussent la curiosité un cran trop loin.

Par Léna Duque


Regarder, observer et prendre en photo des humains : voilà ce à quoi les touristes s’attendent en prenant place à bord d’un safari humain. Activité touristique aujourd’hui interdite par le gouvernement indien, elle continue tout de même de se perpétuer.

Exploitant l’innocence des tribus qui vivent en reclus de la société, des compagnies touristiques ainsi que des chauffeurs de taxis offrent des escapades afin d’observer la tribu des Jarawas aux Îles Andaman, sans le consentement de ses membres. Les touristes y prenant part réduisent à néant la dignité des membres de la tribu en leur jettant de la nourriture au nez ou en les obligeant à danser pour eux.

La route du désarroi

«La route qui traverse la réserve tribale est illégale et fut construite en dépit des protestations  de la tribu dans les années 70»,  informe Denis Giles, rédacteur en chef du quotidien Andaman Chronicle, lui-même résident des Îles Andaman. «Depuis, des visiteurs indésirés s’insurgent dans leur mode de vie», ajoute-t-il.

Quelques tentatives pour protéger les Jarawas ont été faites, en vain. «La Cour suprême de l’Inde avait ordonné en 2002 la fermeture d’une portion de la route en raison des intrusions trop nombreuses», explique Denis Giles. Un peu plus tard, en 2012, la Cour suprême avait ordonné la cessation de toute offre de safaris humains mais ces décisions n’ont jamais été respectées, ajoute-t-il.

Ces intrusions ont d’ailleurs mené à des épidémies de rougeole ainsi que de paludisme, mettant en danger la vie de plusieurs Jarawas. «La tribu n’est pas immunisée aux maladies du monde extérieur, qui peuvent notamment être répandues par notre contact», explique le rédacteur en chef.

À la quête du jamais vu

«D’un point de vue historique, il est important de mettre en perspective la situation présente des safaris humains avec des cas très similaires remontant au temps de la colonisation», souligne la professeure en anthropologie de l’Université de Laval, Natacha Gagné.

Au XIX siècle, des êtres humains d’origine africaine étaient exhibés dans les zoos de nombreuses villes Européennes et les gens accouraient pour observer l’inconnu, raconte-t-elle. Comme dans le cas des touristes prenant part aux safaris humains aux Îles Andaman, c’est le désir de l’inconnu qui les anime. «La raison principale pour laquelle les safaris humains sont si populaires, c’est que les membres de la tribu Jarawa ne portent pas de vêtements comme vous et moi», ajoute Denis Giles. Ce dernier souligne que dans un pays comme l’Inde où la sexualité est un sujet tabou, les gens doivent trouver une façon de satisfaire leurs envies.

Mis à part le système de convoi devenu plus stricte, on observe peu de changements depuis la décision de la Cour suprême de rendre cette activité illégale. «Concept triste mais bien réel, les safaris humains ne sont rien d’autre qu’une violation de la vie privé et une atteinte à la dignité des Jarawas», conclut Denis Giles.

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