Le mirage saharien

samedi 18 novembre 2017 1:44

De l’ensemble des territoires africains colonisés, seul le Sahara occidental demeure sous le joug d’un autre pays.

Par Lina Heckenast


La dispute pour le territoire du Sahara occidental persiste entre le Maroc et le Polisario depuis le milieu des années 1970, alors que l’Organisation des Nations Unies (ONU) peine à intervenir efficacement.

En 1991, l’ONU met sur pied la Mission des Nations Unies pour l’organisation d’un référendum au Sahara occidental (MINURSO) et impose un cessez-le-feu. Depuis, peu a été accompli. Le référendum a été accepté par les deux partis, rappelle le journaliste originaire du Maroc, Rachid Hassan. Toutefois, le Maroc et le Front Polisario (Front de libération des provinces sahraouies occupées) n’étaient pas en accord sur les détails de celui-ci. «Le Polisario veut que seuls les Sahraouis présents pendant la colonisation espagnole (1884-1974) puissent voter, tandis que le Maroc souhaite inclure toutes les personnes résidant au Sahara occidental dans le référendum», explique M. Hassan.

Selon le politologue internationaliste et chargé de cours au département de sciences politiques de l’UQAM, Aziz Fall, la question de l’identité sahraouie n’est pas une problématique qui peut être résolue facilement. Il soutient que le Maroc s’adonne aujourd’hui à coloniser le territoire du Sahara occidental de façon à ce qu’il y ait plus de Marocains que de Sahraouis y vivant, brouillant ainsi l’identité nationale sahraouie.  En fait, plus de 250 000 Marocains habitent le territoire saharien contrôlé par Rabat, selon le recensement du Haut-Commissariat au Plan du Maroc publié en 2004. Il s’agit de plus de la moitié de la population totale y vivant. En contrepartie, le Polisario permettrait ainsi le vote aux 74 000 personnes recensées par l’Espagne en 1974.

«Le Front Polisario a été créé d’abord pour lutter contre l’occupation espagnole», explique la candidate au doctorat en histoire à l’UQAM, Christine Chevalier-Caron. Lorsque le Sahara occidental est devenu indépendant de l’Espagne en 1974, le Polisario s’est mobilisé afin d’obtenir l’indépendance du Maroc et de la Mauritanie, pays auxquels le territoire a été annexé.

Fantasmes idéalistes, rêve panafricain

Dans les conditions actuelles, rares sont les individus qui voient une fin au conflit. «La présence de l’ONU est complètement dépassée», affirme Aziz Fall. Le politologue souligne toutefois la bonne volonté du nouvel émissaire de l’ONU pour le Sahara occidental, Horst Koehler, malgré sa réserve à l’endroit de la mission. Cet ancien président allemand a réitéré la volonté de relancer la médiations entres les deux partis en vu d’un référendum.

De son côté, Aziz Fall croit que ce cas, comme d’autres conflits africains résultant du colonialisme, se réglera grâce au panafricanisme, idéologie prônant une unité africaine. «Nous qui sommes panafricains voulons dépasser l’enjeu national. Nous souhaiterions que l’Afrique ait vers la confédération.» Le journaliste marocain Rachid Hassan estime quant à lui que le statu quo demeurera quant au règlement du conflit. «D’autres conflits sont plus urgents pour les puissances en ce moment, notamment quand on pense à la Corée du Nord ou au Moyen-Orient», conclut-il.

 

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