Les limites de l’appropriation culturelle

samedi 18 novembre 2017 1:48

L’appropriation culturelle est un problème nouvellement identifié en occident qui provoque bien des débats.

Pénélope Leblanc


Le yoga, les tatouages, le tressage et bien d’autres éléments sont les composantes culturelles propres à de multiples régions du globe, ce qui amène des questionnements quant au partage d’identité d’un groupe et son appropriation.

L’appropriation culturelle est un concept né récemment dans l’espace universitaire nord américain qui d’ailleurs, a toujours une portée péjorative. C’est ce qu’assume Marie-Pierre Bosquet, professeure au département d’anthropologie de l’Université de Montréal (UdeM). « L’appropriation culturelle a lieu lorsqu’un groupe dominant ou majoritaire emprunte un élément culturel tel que l’art et la nourriture à un groupe minoritaire ou dominé », explique-t-elle, en ajoutant que cette notion existe en partie à cause des séquelles du colonialisme. La professeure croit que c’est un sujet délicat, puisque les limites sont floues pour désigner précisément si le geste d’un individu peut être considéré comme de l’appropriation, ou non.

Pier-Guy Veer, journaliste et fervent indépendantiste, soutient plutôt que ce phénomène n’existe pas et que le fait de « s’approprier » une culture n’a rien de mal. Selon lui, cette idée entraînerait une diminution importante de plusieurs talents artistiques. « Prenons par exemple le rappeur Eminem et la chanteuse jazz Diana Krall. N’auraient-ils pas pu chanter puisque leurs styles respectifs ont été majoritairement imaginés par des Afro-Américains? », suggère-t-il.

L’Halloween, fête reine de ce concept

En octobre, il est difficile d’approfondir la question de l’appropriation culturelle sans parler de déguisements et de l’Halloween. Jessica Deer, une jeune journaliste indigène au Eastern Door, un journal de la communauté Mohawk sur le territoire de Kanhawaki, croit quant à elle que même de bonnes intentions peuvent avoir de mauvaises répercussions. Selon elle, malgré le fait qu’un individu pratiquant une forme d’appropriation n’ait pas comme but d’opprimer ou de blesser une autre personne, il se doit d’être conscient de l’histoire et de la culture du groupe auquel il emprunte un élément et ce, même si c’est inoffensif et dans une optique récréative. Elle considère qu’autrement, c’est blessant. En cette soirée du 31 octobre, certains se déguisent en coccinelle ou en clown alors que d’autres optent pour le black face  (maquillage de couleur noir sur la peau), ou encore un déguisement de Pocahantas.

Marie-Pier Bosquet exprime que plusieurs autochtones font la différence entre un personnage de Walt Disney et leur culture, tandis que d’autres sont plus sensibles et y voient une agression symbolique importante. Selon l’anthropologue, à ce niveau, la question est plus personnelle que culturelle. Pour Pierre-Guy Veer, ce type de déguisements controversés est de mauvais goût, mais n’appauvrit pas la culture. « Est-ce que les déguisements de farfadet ridiculisent la culture irlandaise? À ce sujet, on n’entend jamais les Irlandais se plaindre, très fort, du moins, qu’on s’approprie ou qu’on se moque d’eux. Il existe plusieurs exemples d’appropriation des éléments de leur culture : l’équipe de basketball les Celtics de Boston, les céréales Lucky Charms ou les équipes sportives Fighting Irish de l’Université Notre-Dame, par exemple ». M. Veer poursuit en mentionnant que personne ne s’oppose aux costumes de gladiateurs sachant que ceux-ci reprennent des éléments de la culture romaine.

Hommage ou appropriation ?

Il est parfois compliqué de faire la distinction entre l’esthétique et la ridiculisation. Dans le cadre des festivités du 150e anniversaire du Canada, le gouvernement a mis en place une pièce de théâtre dans le but de donner du crédit à l’histoire et à la culture des peuples autochtones du pays. Cependant, aucun acteur ne provenait d’une communauté indigène. Les personnages étaient donc tous joués par des caucasiens déguisés. Pour Jessica Deer, qui est très impliquée dans l’insertion sociale des peuples amérindiens, il s’agit d’une honte et ce n’est en aucun cas représentatif de ses origines.

Mme Deer est d’ailleurs convaincue que la solution pour éviter d’offenser qui que ce soit serait d’inclure les membres du groupe à qui on veut emprunter des éléments culturels. Par exemple, il est possible de porter de façon élégante et respectueuse des accessoires et des tenues mohawks en les achetant chez des commerçants de la communauté et en s’informant auprès d’eux. « Ce qu’il faut éviter à tout prix, ce sont les grandes chaînes qui vendent des composantes qui appartiennent à des groupes précis sans connaître la portée symbolique et historique de celles-ci », soutient Mme Deer, en ajoutant que dans le meilleur des cas, les retombées économiques doivent se diriger vers le groupe à qui la culture appartient pour l’inclure au maximum dans la démarche culturelle. Ainsi, malgré la portée péjorative du terme « appropriation culturelle », Marie-Pierre Bosquet soutient quant à elle que la sensibilité face à cet enjeu a tout de même un effet positif sur la population, puisque celle-ci prend de plus en plus conscience des cultures minoritaires environnantes.

 

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