Vivre le théâtre

samedi 18 novembre 2017 1:57

Le théâtre fait peau neuve en mettant le spectateur à l’avant-plan.

Par Marjorie Hansen-Geoffroy


L’implication des spectateurs dans le scénario, voilà ce que le théâtre immersif propose. Celui-ci connaît un succès grandissant depuis quelques années puisqu’il développe cette perspective inusitée dans le milieu de la représentation théâtrale.

La limite entre l’interaction et l’immersion lors d’une pièce de théâtre immersive reste encore un concept imprécis. Le terme «immersif», au théâtre, ne signifie pas forcément qu’il s’agira d’une pièce incluant une interaction. Lors d’une immersion considérée interactive, le comportement du spectateur influence directement le déroulement de la pièce de théâtre ou du concept artistique. «Nous sommes ouverts à ce que la fin du scénario change», indique Éric Paul Parent, docteur en immersion et propriétaire de Hérôle, compagnie de théâtre spécialisée en immersion.

Pour la plupart des spectacles immersifs, la représentation commence bien avant que le rideau se lève. Quelques consignes sont généralement données pour assurer un contrôle de base sur la conduite à adopter, bien que les acteurs ou «immerseurs», comme ils sont appelés dans le milieu, maintiennent toujours le contrôle sur leur environnement et les participants. Pour les immersions plus intenses, les participants se voient même offrir une phrase de sécurité à utiliser en moment de panique ou d’inconfort. Dans le cadre de La nuit de l’horreur, produite par Hérôle, la phrase «Je veux mon nounours!» peut être utilisée lorsqu’un participant ne se sent pas bien.

Ce qui peut sembler complètement improvisé et décousu est en fait très bien encadré et coordonné par une équipe de régisseurs, généralement en contact par oreillettes et caméras avec les «immerseurs». «On ne met pas une limite en partant», affirme M. Parent. Selon Renaud Gosselin, «immerseur» pour l’entreprise de jeux d’évasion Enigma, l’astuce est de répéter souvent. «C’est souvent des perches que je tends, je ne parle pas directement au joueur, mais il comprend que c’est à lui que je m’adresse», explique-t-il. M. Gosselin concède, néanmoins, que le travail d’un animateur immersif pour arriver à décoder le langage non-verbal des participants, est un long processus.

Quand le théâtre frôle le voyeurisme

Certaines pièces de théâtre exploitent l’immersion différemment, notamment Sleep No More, production théâtrale très populaire de la compagnie de production Punchdrunk basée, à New York. Les spectateurs peuvent bouger dans le décor déployé sur cinq étages d’un hôtel et suivre les comédiens dans leurs déplacements. Dans ce cas, ils n’influencent pas réellement le scénario. «Je n’appellerais pas ça de l’immersion», déclare Éric Paul Parent en faisant référence à la pièce Sleep No More. «Malgré l’absence d’un quatrième mur, on reste spectateur. On n’a pas beaucoup d’influence sur le jeu», mentionne-t-il. Il y a toujours une certaine séparation entre les deux parties. Les spectateurs de cette pièce portent symboliquement un masque blanc qui les identifie clairement comme membres de l’auditoire.

Guy Bourbonnais, professeur de littérature au Cégep Marie-Victorin, est allé à New York plus de cinq fois pour voir cette pièce de théâtre. «C’est un symbole d’anonymat, une protection, un voile», explique-t-il concernant le port du masque. «Malgré la proximité physique, on ne sent pas qu’on appartient au même monde», ajoute-t-il. Les émotions que les acteurs ressentent ne sont donc pas partagées avec les spectateurs de manière aussi intense que lors d’un concept interactif.

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