Un grand R pour un petit a

lundi 20 novembre 2017 7:14

Conquête de l’Ouest, grands espaces et expansion économique, autant d’aspects que l’on associe au rêve américain. D’où vient cette idée?

Par Emma Jaquet


Bien des gens pensent que l’American Dream ne s’applique qu’aux États-Unis, mais cette idéologie correspond plutôt à l’ensemble du continent nord-américain et existe depuis plusieurs siècles.

«C’est important de penser l’américanité dans son contexte historique», explique Geneviève Dorais, enseignante au département d’histoire de l’Université du Québec à Montréal. Selon elle, depuis l’époque coloniale, l’immigration est stimulée par la conquête d’un nouveau territoire ainsi que par la quête d’une qualité de vie optimale.

Pour Mme Dorais, ce sont les acteurs historiques impliqués et l’époque étudiée qui vont influencer ce concept. Présentement, la quête d’une vie meilleure passe souvent par le travail. Toutefois, au début de l’époque coloniale, c’était plutôt la promesse de richesse et de renommée qui poussait les aventuriers à explorer de nouveaux territoires. Certains ont réussi à partir de rien, mais pour la majorité, c’était un pari trop risqué.

Tout quitter pour changer de vie, c’est ce qu’Igor Rogestvensky et sa femme ont fait, il y a de cela plusieurs années lorsqu’ils ont quitté la France pour aller s’installer au Canada. «Je recherchais un mode de vie plus calme et serein que celui que j’avais en France», raconte-t-il. C’est donc dans le but de mener une vie meilleure que le couple a changé de pays.  

Pour d’autres, immigrer prend une signification différente. Fuir un pays en guerre, ne plus vivre dans un camp de réfugiés ou offrir une vie meilleure à ses enfants sont de multiples raisons qui peuvent pousser un migrant à quitter sa terre natale. «Personne ne part de son pays lorsque tout va bien. Pour les réfugiés, par exemple, il ne s’agit  pas d’un choix. On leur a donné cette solution et beaucoup viennent pour leurs enfants. Que ces derniers deviennent citoyens canadiens et aient la protection de l’État est déjà une réussite pour les parents», affirme Hicham Khanafer, chargé de projet au Centre social d’aide aux immigrants.

L’illusion d’un rêve?

Le mythe des Amériques comme terre vertueuse, c’est ce qu’on appelle le mythe du bon sauvage qui se retrouve dans les écrits de Christophe Colomb quand il arrive aux Amériques. Il décrit sa relation avec les peuples autochtones comme : «des peuples purs qui comprennent peu la vie», explique Geneviève Dorais. Ce mythe de paradis et de terre de pureté va se perpétuer dans l’ensemble des Amériques»

Nombreux sont ceux qui n’ont pas réussi à vivre le rêve américain. Ce sont donc des cas exceptionnels qui dictent la règle. «C’est un mythe qui fait bouger les gens à travers le monde, mais c’est seulement une réalité pour un petit nombre de personnes qui vont partir de rien, travailler très dur et réussir», ajoute Igor Rogestventsky. «C’est un peu comme jouer à la loterie. Beaucoup participent, mais très peu gagnent. […] C’est surtout une question de volonté», complète-t-il.

De plus en plus, l’American Dream apparaît comme une utopie. On idéalise ce rêve, mais lorsque vient le temps de le vivre, tout ne se passe pas comme souhaité. Selon l’enseignante, ce n’est pas tout qui est faux dans cette idée, mais la réalité complexifie les choses puisque bien des obstacles, comme la classe sociale, peuvent entraver le chemin vers ce rêve. Au final, «le rêve américain, c’est rêver de croire qu’il est à la portée de tous», conclut-t-elle.

 

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