Les certitudes confortables

vendredi 2 février 2018 2:40

Florian Cruzille


Surabondance d’information et absence de vérification : une disproportion qui fait du web un terrain fertile à la propagation de théories conspirationnistes et de ses milliards d’utilisateurs, des potentielles victimes de tromperie.

Les théories du complot les plus nocives naissent d’une mauvaise compréhension d’un événement. « Lorsqu’un événement nous échappe, la théorie du complot permet de rendre ça beaucoup plus simple », explique Christian Page, chroniqueur et auteur du livre L’enquêteur des théories du complot.

Le web nourrit les auteurs de ces théories en offrant une multitude de détails sur des événements historiques. «Par le biais de confirmation , un théoricien va choisir des éléments qui vont alimenter ses convictions et ses croyances », détaille M. Page.

Le bon, la brute et le croyant

De nos jours, ces manières de penser jouissent d’un support qui se propage efficacement avec Internet. « Les théoriciens du complot véhiculaient autrefois [leurs idées] à travers des ouvrages ou grâce au bouche-à-oreille. Maintenant, ces théories foisonnent sur les réseaux sociaux », rappelle M. Page, qui est aussi chroniqueur au 98.5 FM.

Les complotistes se retrouvent ainsi sur un piédestal et cela inquiète le chroniqueur littéraire du Devoir Louis Hamelin. Il compare Internet à « un far-west de la pensée » où « chacun peut déballer son histoire invraisemblable et prétendre qu’elle est vraie».

  1. Hamelin, auteur de La Constellation du Lynx, un roman qui remet en question l’exactitude du fil des événements de la crise d’Octobre, craint que les réseaux sociaux nuisent au dialogue. « Je trouve que c’est très précieux dans une société, la polémique, les débats d’idées et même les chicanes d’interprétation. Mais le concept de safe space, cette espèce de création utopique, d’endroit virtuel où on n’est pas contredits dans nos petites vérités, on peut se permettre de penser sans opposition, je trouve ça assez néfaste parce que c’est de refuser le débat, de se cacher dans ses petites certitudes confortables », dénonce-t-il.

Double tranchant

Michel Belley, vice-président des Sceptiques du Québec, un organisme à but non-lucratif qui prône « l’utilisation de la science et du raisonnement logique pour défendre [leurs] arguments », voit une menace dans la propagation des théories du complot sur les réseaux sociaux. «Avec Internet, les gens vont souvent développer un esprit critique contre la science et contre des choses bien établies », avance-t-il.

  1. Belley explique qu’un esprit critique bien développé constitue une des meilleures défenses contre les théories du complot. « Le scepticisme ne vient pas naturellement à l’être humain, précise-t-il. C’est plutôt la croyance qui vient naturellement ».

« Les gens ont beau avoir une bonne éducation, s’ils n’ont pas de sens critique, ils vont adhérer plus facilement aux théories du complot », ajoute Christian Page.

Ces théories ne concernent pas seulement des événements marquants de l’Histoire, comme l’assassinat de Kennedy, ou les apparitions de créatures comme le yéti ou « l’ovni de la Place Bonaventure ». Elles impliquent aussi des personnes, dont le très connu Donald Trump. À cet égard, Louis Hamelin appelle à la prudence. «Il faut qu’il y ait des limites à la pensée conspirationniste pour que des gens sensés puissent contredire un énergumène comme ça », conclut-il.  

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