Dans le gouffre de la démesure

vendredi 2 février 2018 3:16

Où se trouve la ligne entre le plaisir et l’excès?

Sandrine Vieira


Alors que les tentations du quotidien nous guettent sans cesse, certaines personnes ont tendance à adopter des comportements excessifs qui peuvent avoir de graves conséquences sur leur mode de vie. Voyage au cœur de l’excès, ce comportement inconnu.

Lorsque le mot «dépendance» nous vient à l’esprit, certains stéréotypes ont tendance à faire surface. L’alcool, le tabac et les drogues sont les exemples les plus récurrents et les plus populaires en termes de recherches sur le sujet.

La fréquence de consommation de ces substances psychoactives diffère d’une personne à l’autre. Le directeur scientifique du Centre de réadaptation en dépendance de Montréal-Institut universitaire Serge Brochu fait le point sur les comportements associés à une dépendance. «Les personnes les plus dépendantes n’exercent plus aucun contrôle sur leur consommation; elles éprouvent donc des conséquences importantes au niveau social et familial. Aussi, pour certaines substances, la personne doit utiliser une plus grande quantité du même produit pour obtenir les mêmes effets recherchés».

Néanmoins, plusieurs autres sortes de dépendances existent. Une étude sur les «nouvelles dépendances» a été effectuée par plusieurs chercheurs, dont le psychologue clinicien en institut médico-éducatif, à l’IME «Bayot-Sarrazi» Éric Loonis.

Cette étude se penche sur les troubles moins connus, comme la sexualité addictive, les achats compulsifs et les problèmes de jeu. Les chercheurs expliquent que ces dépendances ne sont pas nouvelles; elles existent, en fait, depuis toujours. Par ce biais, ils appuient qu’une addiction ne concerne pas seulement les substances psychoactives: les dépendances se retrouvent partout et sont souvent invisibles aux yeux de la société.

Franchir la ligne de la criminalité

Si on regarde la pyramide de Maslow, un des besoin physiologique de l’homme est la sexualité. Celle-ci se retrouve dans une catégorie particulière, celle des addictions comportementales, puisqu’il est question d’une dépendance à des comportements de nature sexuelle.

On pourrait définir une addiction comportementale comme une activité qui produit un ensemble de stimulations cérébrales qui ont un caractère hédonique, qui se résume à l’apport du plaisir. Biologiquement, lors de rapports sexuels, des substances chimiques sont libérées telles que la dopamine, la sérotonine et les endorphines.

Bien qu’il s’agisse d’un instinct, la sexualité peut s’avérer problématique lorsque le comportement y étant associé devient excessif. Une personne dépendante au sexe voudra accroître la fréquence des rapports, leur intensité et le plaisir éprouvé. En conséquence, le plaisir éprouvé deviendra de moins en moins important.

« Une personne dépendante sexuellement ne peut pas arrêter, au même titre qu’une dépendance à l’alcool, par exemple. C’est un comportement qui nécessite une thérapie. » témoigne un membre des Sexoliques Anonymes.

La sexualité devient excessive lorsqu’elle franchit la ligne de la criminalité. Dans plusieurs cas, cela peut mener une personne à pratiquer le voyeurisme, l’exhibitionnisme, des actes d’harcèlement sexuel, de pédophilie et même le viol. On assiste alors à une perte de contrôle, puisque ses comportements ont une emprise sur la vie familiale, sociale ou professionnelle de l’individu.

Aimer magasiner… À quel point?

Certaines personnes tendent à adopter des comportements abusifs en ce qui a trait à leur consommation, de telle sorte qu’ils tombent dans la catégorie des acheteurs compulsifs. Elle va bien au-delà de l’amour du magasinage. L’individu concerné sentira une impulsion soudaine, marquée par une envie irrésistible accompagnée d’une forte tension intérieure par laquelle il se sentira excité et coupable à la fois.

La ligne est franchie lorsque les conséquences négatives arrivent: endettement excessif. Cependant, la personne continuera malgré ces conséquences. Elle s’accompagne souvent de comportements délinquants tels que le vol, l’abus de biens sociaux, le détournement de fonds, etc.

« Les préoccupations, impulsions, ou comportements d’achat entraînent une détresse marquée, prennent du temps, interfèrent avec le fonctionnement occupationnel ou social, ou entraînent des problèmes financiers (faillite, incapacité à acquitter le montant de ses dettes) »  explique le professeur de psychiatrie et d’addictologie de l’Université Paris Diderot Michel Lejoyeux.

Connaître les risques

Après avoir démystifié les mythes au sujet des nouvelles addictions, on comprend que des actions du quotidien peuvent rapidement avoir un pouvoir malsain sur nos vies. Cependant, une question reste sans réponse: existe-t-il des prédispositions génétiques à l’excès?

Une partie de la communauté scientifique estime que oui. De manière globale, il s’agit d’une combinaison de l’environnement et de gènes impliqués. Ceux-ci n’ont d’ailleurs pas un impact sur l’addiction, mais bien sur la vulnérabilité d’un individu. Ainsi, il existe bel et bien des gènes de vulnérabilité transmissibles qui agissent entre eux. Cependant, plusieurs études démontrent que certaines addictions sont indépendantes de ces gènes et même que certaines personnes présentant cette vulnérabilité ne présentent aucun trouble, au final. C’est donc un mélange constant entre l’environnement et l’hérédité, rappelle le psychiatre spécialisé dans la génétique des comportements Philip Gorwood dans l’ouvrage «Le concept des addictions sous l’angle de la génétique».

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