Venise, condamnée à ne plus exister

mercredi 7 février 2018 10:50

Venise, l’une des principales cités touristiques d’Europe, voit son histoire, son architecture et la vie quotidienne de ses habitants mises en péril.

Raphaël Delaprée


Avec cinq cent fois plus de touristes que d’habitants, la popularité de Venise se retourne contre elle. D’après un rapport de l’Organisation des nations unies pour l’éducation, la science et la culture (UNESCO), la ville sur l’eau est grandement menacée par la montée des eaux, la pollution et par 30 millions de visiteurs par année.

55 000 personnes résident aujourd’hui à Venise alors qu’ils étaient 175 000 en 1950, selon un rapport de l’UNESCO. Les citoyens se voient obligés de fuir un centre-ville invivable et hors de prix, selon le résident de Venise Manuel Carrion. « Tout au long de l’année, la foule est compacte, voire étouffante. […]  Il est même difficile de se rendre au travail », témoigne-t-il. Les craintes de ne plus reconnaître sa ville natale sont présentes alors qu’elle se transforme, selon lui, en « Disneyland » sans âme.

« Le problème de Venise est que, comme dans toutes les villes touristiques, les touristes s’y concentrent aux mêmes endroits, créant des embouteillages piétons majeurs et beaucoup de déchets, et ce sont les résidents qui paient », explique le professeur au département d’études urbaines et touristiques de l’UQAM, Alain Grenier.

L’érosion des rives est sans précédent et les résidents assistent à des écroulements. La circulation des bateaux est deux fois plus dense, accentuant ainsi la houle et créant des dommages considérables sur les fondations, toujours selon Alain Grenier.  Les navires géants de croisière sont également une menace pour une ville construite sur pilotis.

Les ressources naturelles sont également menacées par les touristes qui foulent à chaque jour le sol de la ville italienne. La place Saint-Marc, lieu emblématique de la ville, s’effrite à grand pas. Elle a de plus en plus de mal à assumer le trop grand nombre de touristes qui affluent dans cette zone.  

« Je pense que la municipalité ne prend pas les bonnes mesures pour restreindre le tourisme. L’administration est corrompue » déclare la journaliste spécialisée en voyage au journal Le Devoir, Louise Gaboury. La popularité fulgurante de Venise inquiète l’UNESCO qui demande aux autorités de prendre des mesures d’urgences.

La Mairie de Venise interdit l’ouverture de nouveaux établissements et désire limiter la présence des fast-foods en implantant des labels pour certifier les produits vénitiens, afin qu’ils ne perdent pas leur identité unique. Pour contrôler le flux touristique, l’administration de la ville souhaiterait mettre en place une obligation de réservation pour les groupes de touristes de manière à étaler les arrivées.

Depuis le 1er octobre 2014, Venise a augmenté la taxe d’entrée pour les touristes.  « Il n’y a cependant pas de solution magique. J’estime que la destination doit imposer des quotas et limiter l’accès à la ville », dit M. Grenier.

La cité des doges, l’une des merveilles du monde, est grandement menacée : le défi sans précédent est de ne pas vendre son âme à l’afflux massif de touristes qui l’écroulent jour après jour.

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