Le frisson du gain

vendredi 9 février 2018 3:36

Joueur compulsif depuis ses 18 ans, Robert a surmonté son problème à la suite de 22 ans d’intenses émotions.

Par Marguerite Chiarello


Il se rendait au casino chaque jour. Il avait perdu la confiance de sa famille. Il était sur le point de perdre son emploi; après de nombreuses années à combattre son problème de jeu, Robert a retrouvé sa dignité.

À 18 ans, Robert passe régulièrement ses après-midi avec son père à parier quelques dollars aux courses de chevaux. Après la mort de son père, ce qui n’était qu’initialement une activité inoffensive s’est rapidement transformée en une forte dépendance. Afin de revivre les moments passés avec son père, Robert retourne quotidiennement parier aux courses. Ce n’était que le début vers sa descente aux enfers.

Robert tombe ensuite dans le piège des loteries vidéo, où il perd beaucoup d’argent. « Je me disais : aujourd’hui, il ne faut pas que j’aille jouer, car c’est mon hypothèque qui passe. Faut pas que j’aille jouer. À 10h, j’étais rendu au casino. C’était plus fort que moi. Je me disais que j’allais gagner et que j’allais pouvoir payer quatre hypothèques ce mois-ci », raconte Robert, la voix remplie d’émotions. L’agent de relations humaines au service de réadaptation en dépendance, François Gallant, avoue que la loterie vidéo semble être le type de jeu qui engendre le plus de dépendance, puisqu’il s’agit du problème le plus fréquemment traité.  

Pendant de nombreuses années, le joueur compulsif prend l’habitude de miser tout l’argent qu’il possède, et ce, dès qu’il en a l’occasion. « Le jeu contrôlait ma vie », témoigne-t-il. Victime de cette même dépendance, Anne, une ancienne joueuse compulsive,  explique que le gain d’argent est un danger, puisque le joueur n’attribue pas la victoire à la chance. Convaincu qu’il est encore possible de gagner, « c’est à ce moment que le risque de perdre le contrôle est présent », mentionne-t-elle.

De lourdes conséquences

Robert était loin de se douter qu’il allait perdre ses proches à cause de ses problèmes de jeux. Alors âgé de 34 ans, sa femme le quitte et emmène ses deux filles avec elle, et ce après 16 ans de mariage. Il est donc retourné habiter avec sa mère car « chez ma mère ça ne coûte rien » et elle « ne me demandait pas quand je rentrais à minuit, 1h d’où je revenais. Il n’y avait plus de question. Dans le fond, ma séparation, pour moi, c’était un bienfait », admet-il.

Sa dépendance affecte non seulement sa vie personnelle, mais aussi sa vie professionnelle. Alors que deux de ses collègues fêtaient leurs 25 ans de service auprès de la compagnie pour laquelle Robert travaillait, ce dernier avait le mandat d’acheter des montres de remerciement au nom de l’entreprise. Cet argent, il l’a dépensé dans ce qui sera son dernier pari. Après avoir réalisé son erreur, il demande l’aide de sa sœur qui le supportait toujours dans les situations compliquées. Sa sœur n’était cependant pas disposée à l’aider, dû à un décès dans la famille de son époux. Robert a donc confessé sa faute à son supérieur et un ultimatum déchirant s’en suivi : régler son problème de jeu ou perdre son emploi.

Un jeton à la fois

« Lorsqu’on admet qu’on a un problème, on a déjà un grand pas de fait », soutient Anne, ancienne joueuse compulsive anonyme. C’est ce qu’a fait Robert. À 40 ans, il a entrepris sa réhabilitation. Tous les soirs après le travail, il assistait à des rencontres au sein du groupe Gamblers Anonymes, un organisme qui organise des rencontres de groupe pour les joueurs compulsifs. Pour une des première fois depuis longtemps, Robert retrouve un peu de fierté. «Après 30 jours, ils te donnent un jeton. Au soixantième jours, ils te donnent un nouveau jeton. J’étais fier de moi. Je le montrais à ma mère et aux gens avec qui je travaillais », confit Robert. Chaque fois qu’un membre du groupe prenait la parole pour raconter son histoire, Robert se reconnaissait. Lorsqu’il prend la parole, les gens autour de lui l’applaudissent. Un des membres du groupe avait expliqué à Robert que les participants voulaient le féliciter de s’être libérer de ses secrets. Selon Anne, il est primordiale que les proches des joueurs pathologiques les écoutent attentivement pour les aider à surmonter cette maladie. Elle précise que pour éviter une rechute, il faut s’assurer d’être bien entouré.

En plus des rencontres avec Gamblers Anonymes, la mère de Robert lui apporte beaucoup de soutien en lui démontrant sa confiance. Vu la dette qu’avait accumulée son fils, Robert et sa mère se sont entendus pour qu’il lui rembourse dix dollars par semaine. « À toutes les fois que j’allais porter dix dollars, elle savait que je n’avais pas joué parce qu’avant, j’allais lui en chercher », explique Robert. Les proches sont d’une importance capitale dans le processus de guérison selon François Gallant, qui estime qu’ils doivent surtout aider la personne à garder sa motivation pour ne pas retomber dans le jeu.

Maintenant âgé de 64 ans, Robert recommence à aimer la vie. Il s’est remarié et est devenu grand-père et même arrière-grand-père. Aujourd’hui bénévole pour Gamblers Anonymes, il aide les joueurs pathologiques à se départir de leur dépendance. « Ça fait 24 ans que je fais quelque chose de bien », reconnaît fièrement l’ancien joueur compulsif.

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