Miroir, miroir, dis-moi qui est le plus gros!

vendredi 9 février 2018 3:39

Par Jean-Michel Clermont-Goulet


Alors que l’obésité est en hausse un peu partout dans le monde, une certaine fascination semble s’être créée pour cette problématique. En effet, les téléréalités abordant les thèmes du poids et la beauté sont très populaires auprès des occidentaux.

L’obésité est un sujet récurrent de l’actualité médiatique. La population est avide de téléréalité et semble fascinée par des programmes tels que The Biggest loser ou My 600 lbs life.

Le concept derrière ces émissions est fort simple: suivre la vie quotidienne de personnes souffrant d’obésité. The Biggest loser, mieux connu au Québec sous le titre de Qui perd gagne, est une compétition où une dizaine de candidats en surpoids sont entraînés par des professionnels afin de perdre le maximum de poids et gagner 250 000 dollars.

L’ère du voyeurisme

Pierre Barrette, professeur à l’École des médias de l’Université du Québec à Montréal et codirecteur du Laboratoire de recherche sur la culture de grande consommation et de la culture médiatique au Québec, se questionne. « Sommes-nous voyeurs ou trop contents de la misère des autres? Les consommateurs semblent entretenir [un rapport tordu] avec la mise en scène de la vie privée », croit-il.

Selon lui, de telles émissions font ressortir en nous un « sentiment de rattachement ». En effet, M. Barrette affirme que nous avons tendance à croire que le gazon du voisin est plus vert que le nôtre alors qu’au final, le spectateur se rend compte que son gazon est bien plus vert que celui des participants. Quand on est dans un dispositif de télé-réalité, on crée du social dans le but de révéler de l’intime.

« Si une telle émission n’était que de la fiction, c’est-à-dire scriptée et mettant en scène des acteurs, ça n’aurait pas le même impact sur le public », affirme M. Barrette. Le vrai attire les gens.

Un couteau à double tranchant

Selon l’ancienne entraîneuse Marianne Deschamps-Venne, ce type d’émission est avantageux pour la population « qui veut se prendre en main et qui a des attentes réalistes », car ils sont témoins de leur mauvaise condition. En revanche, elle affirme que pour certaines personnes, « ces émissions ne font que les culpabiliser » et leur rappellent « qu’ils ont un problème ».

Claude Martin, professeur en communication sociale à l’Université de Montréal, maintenant retraité, ajoute que l’obésité est un sujet tabou, mais qui attire les gens. « C’est un nouveau genre télévisuel qui requiert du cheap labor, comme dans Here comes Honey Boo Boo, où la famille s’expose volontairement à la critique et enlève la mauvaise conscience des épaules du producteur ». Sur le même sujet, Pierre Barrette ajoute que « le spectateur n’est pas sûr s’il doit rire ou s’insurger face à un tel spectacle ».

Il est donc difficile d’affirmer si ces émissions valorisent ou dégradent l’obésité. Une chose est sûre, c’est une problématique qui reste d’actualité. En 2014, 20% des Canadiens de 18 ans et plus ont déclaré être en situation de surpoids ou d’obésité, selon Statistique Canada.

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