Quand septième art rime avec septième ciel

dimanche 11 février 2018 2:12

Depuis Opium Joint de Thomas Edison en 1894, la « romantisation » de l’abus ne cesse de combler les junkies de la culture de l’excès au cinéma et à la télévision.

Camille Avery-Benny


Elles volent la vedette dans les films Easy Rider, Pulp Fiction, Fear and Loathing in Las Vegas et Requiem for a Dream, et dans les séries That ‘70s Show, Skins et Breaking Bad. L’alcool et les autres drogues : les nouvelles stars du cinéma ?

Plus de 782 films ont mis en scène la marijuana, la cocaïne, l’héroïne et leurs copines « stupéfiantes » depuis le début du cinéma, dont près de 550 depuis les années 90, selon une recherche réalisée par la New York Film Academy en 2015. De plus en plus de personnages consomment ou apparaissent intoxiqués au petit comme au grand écran, mais le phénomène de la « romantisation » de ces substances ne date pas d’hier.

La première vague importante de films mettant en vedette alcools et drogues est apparue vers la fin des années 60 avec l’abolition du Code Hays, une loi américaine d’autocensure prohibant la diffusion d’images de consommation excessive, de violence et de sexualité. L’époque coïncide avec le mouvement peace and love, selon le professeur chargé du cours de cinéma américain au cégep de Ste-Foy, Martin Roy : « Avec la montée de la contre-culture et la parution d’Easy Rider, un film indépendant qui a eu énormément de succès, les producteurs ont vu qu’il y avait un certain créneau pour ce public-là », explique-t-il.

Encouragés par un public voyeur, certains cinéastes ont depuis développé des méthodes de distorsion des images à l’effet cathartique qui peuvent donner l’impression d’être « sous influence ». « Les artistes et les écrivains vont exploiter le thème, mais aussi en explorer les effets sur leur propre corps et sur leurs perceptions », explique l’enseignant en histoire de l’art au cégep Édouard-Montpetit, Pierre Rannou. Ceux et celles qui ont vu Trainspotting, réalisé en 1996 par Danny Boyle et adapté du roman du même nom, se rappelleront certainement la scène où Mark, joué par Ewan McGregor, s’enfonce graduellement dans le sol en apportant avec lui le tapis sur lequel il s’était étendu après un fix d’héroïne.

« Un des films qui m’a amenée à faire du cinéma, c’est Trainspotting », confie Anne Émond, dont le dernier succès, Nelly, combine esthétique et abus d’alcool, de cocaïne et de médicaments. « Ce qui est bien dans Nelly, Trainspotting, etc., c’est que c’est fait dans le cadre d’une œuvre d’art réfléchie et qui amène une réflexion, affirme-t-elle. Il y a une démarche artistique qui montre la descente aussi et tout ce que tu peux perdre, finalement ».

Les œuvres populaires montrant la culture de l’abus prouvent également que tout ce qui monte redescend. « Tous ces films-là finissent par rendre les héros un peu misérables », admet le cinéaste Robert Morin, ayant lui-même mis sous les projecteurs d’anciens junkies dans Quiconque meurt, meurt à douleur, un long métrage de fiction tragique et plus que réaliste paru en 1998.

« L’alcool et les autres drogues ne doivent pas être banalisés », rappelle le directeur général d’Éduc’Alcool, Hubert Sacy, priant les créateurs de contenu de prendre conscience des effets que leurs œuvres peuvent avoir sur leur public, spécialement les jeunes et ceux et celles ayant vécu la dépendance.

Leave a reply

required

required

optional