Les maux du fanatisme sportif

lundi 12 février 2018 4:18

En venir aux poing par amour pour son équipe sportive préférée, un excès dangereux dont les sociétés doivent se méfier.

Par Laurence Thibault


La violence. Elle caractérise à elle seule la différence entre un simple passionné de sport et un fanatique. Alors que le passionné connaît les joueurs et les stratégies en plus de ne pas vouloir manquer un seul match, le fanatique est prêt à faire usage de la violence pour arriver à ses fins.

Pour Jean Lévesque, professeur d’histoire à l’Université du Québec à Montréal (UQAM), spécialisé dans le sport international, le fanatisme est « l’idée d’appuyer un club au point où ça pousse à des actes de violence envers les autres, qui peuvent être verbaux ou qui peuvent être physiques ». Le nom attribué à certains admirateurs illustre bien ce propos. En Italie, on les appelle « les Ultras ».

Les fanatiques, tout comme les passionnés de sport, se sentent profondément liés à leur équipe. « On le voit très jeune : les enfants s’identifient à des supers-héros. Les adultes, quant à eux, se projettent parfois dans une équipe pour compenser leurs propres limites ou pour se sentir moins isolés », raconte Simon Grondin, professeur de psychologie à l’Université Laval. Selon lui, la passion du sport n’est possible que si elle est partagée avec d’autres.

L’histoire du fanatisme sportif regorge d’exemples où la violence a triomphée, surtout dans le soccer en Europe explique Jean Lévesque. Dans les années 70, les hooligans, des fanatiques du soccer utilisant la violence, causaient énormément de problèmes lors des parties. Ces groupes semi-criminalisés en venaient souvent aux poings contre d’autres adeptes.

« On l’a éliminé beaucoup en Angleterre en embourgeoiseant le sport?», affirme Jean Lévesque au sujet de la violence. Le prix des billets a augmenté à la suite d’une enquête royale, éliminant une partie des adeptes moins nantis. Selon Jean Lévesque, les explications sociologiques restent vagues. « Il y en a qui disent que c’est une crise socio-économique qui va affecter la culture ouvrière et qui va s’exprimer par la violence. Il y en a d’autres qui disent que non, c’est une violence qui n’est pas nécessairement de classes, c’est une violence de groupe », explique-t-il.

De notre côté du globe, le fanatisme est beaucoup moins présent, bien qu’il ne faille pas le négliger. « C’est sûr qu’il y a de la violence au hockey. Il y a eu des émeutes; les émeutes du Forum en 1955 à cause de l’expulsion de Maurice Richard par exemple, ensuite la Coupe de 1993 à Montréal », mentionne Jean Lévesque. Malgré tout, la comparaison avec les événements en Europe demeure impossible, selon lui.

Internet et le fanatisme

Bien que l’histoire se souvienne plutôt des cas de violence physique, les cas d’agressions verbales sont tout autant importants, en ce qui concerne le fanatisme. Avec Internet et les réseaux sociaux, les fanatiques, protégés par l’anonymat, peuvent parfois se laisser aller à cœur joie. « Les gens vont se créer une identité, ils vont maintenant être actifs sur des groupes sur Facebook », déclare Jean Lévesque.  

« Internet, c’est une plateforme sur laquelle tu engendres des débats et où tu exprimes ton opinion, explique Laurent Gosselin, adepte de hockey et chroniqueur pour le site web En Prolongation.com. Tu es caché derrière ton clavier donc c’est facile de dire ce que tu veux. Il y a des débats qui sont faits dans le respect, d’autres non ».

Étant aussi responsable communication et marketing, Laurent Gosselin remarque toutes sortes de commentaires excessifs sur leur page Facebook. «?Il y en a plusieurs, soit contre une équipe ou contre un joueur. Les commentaires haineux s’adressent même parfois au chroniqueur?», explique-t-il.

Entre passion et excès, tout un monde de violence demeure.

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