Vérité ou conséquence

lundi 12 février 2018 4:22

Les cas de dopage se suivent et se ressemblent depuis le rapport McLaren, qui a ouvert les yeux du monde sur la réalité des compétitions internationales, en 2016.

Par Hugo Raiche


La décision du Comité international olympique de suspendre l’équipe olympique russe de toute compétition aux Jeux de Pyeongchang à l’hiver 2018, annoncée le 5 décembre dernier, ne menera pas nécessairement à des changements au sein du gouvernement.

Les athlètes russes pourront tout de même participer aux compétitions, mais sous la tutelle de la Fédération olympique. Cela signifie qu’ils entreront sous le drapeau olympique lors de la cérémonie d’ouverture, mais devront absolument avoir des résultats négatifs aux tests de dopage tenus pour y prendre part.

Les conséquences de cette décision du CIO sont extrêmement graves pour l’entièreté de la population russe. En plus de ne pas être représentée aux Jeux, son gouvernement devra payer une amende de 19 millions d’euros pour ses actions.

« Il s’agit d’une humiliation pour les Russes de participer aux jeux en tant qu’athlètes individuels », explique l’enseignant Yann Roche, spécialiste en histoire du sport russe à l’Université du Québec à Montréal (UQAM). « Ce qui risque d’arriver, c’est que la Russie ne va pas changer son attitude à moyen terme », ajoute-t-il. Toujours selon l’enseignant, les Russes pensent qu’il s’agit d’un complot organisé par les Occidentaux et que la victoire de leurs participants aux jeux laissera un goût amer dans la bouche des autres pays.

Un rapport révélateur

Cette éclosion de cas de dopage en Russie a débutée en 2012 alors que l’Agence mondiale antidopage (AMA) commençait à être sceptique quant aux performances des athlètes lors des compétitions internationales. Le rapport McLaren, qui est à la base de toutes ces découvertes sur le dopage d’État en Russie, a mené à la dénonciation des athlètes russes. Un comité d’enquête a été fondé pour mettre le point sur la capacité de récupération des participants. Ne voulant pas jouer avec le feu, le président Vladimir Poutine a été honnête dans ses propos et a avoué les comportements entrepris par son gouvernement pour améliorer les performances sportives de son pays, selon ce que rapporte David Ravot, enseignant en droit sportif à l’Université de Sherbrooke.

Toujours selon M. Ravot : Il y a énormément de dopage dans le sport professionnel. « Il s’agit de la première fois depuis l’époque moderne — soit la chute du Bloc de l’Est — qu’un dopage d’État est mis en lumière. Depuis 2014, l’AMA a vécu un changement de compétence, et les membres lui ont confié un pouvoir d’enquête, à la place de seulement se contenir à surveiller le maintien des compétences établies. De là, les sportifs russes ont tout déballés par principe de protection. » Le gouvernement russe ainsi que les institutions sportives auraient donc pris la décision d’être honnête envers le conditionnement des athlètes afin d’éviter des poursuites judiciaires

Une frustration grandissante

Depuis l’apogée de l’Union soviétique, un désir de supériorité a influencé la mentalité du vaste pays. Toutefois, les réactions de certains citoyens vont à l’encontre du comportement du gouvernement russe. « C’est extrêmement frustrant parce que la Russie a toujours été un pays qui a produit une énorme quantité d’excellents athlètes », affirme Sasha Shershneva, un citoyen russe. « Je suis convaincu que nous serions capable d’aller chercher un aussi grand nombre de médailles sans dopage. Cela démontre la façon de penser des institutions sportives russes ainsi que des présidents des institutions sportives. »

« Je sens que le comportement du gouvernement est très néfaste, car des jeunes athlètes nuisent à leur santé à un très jeune âge, et cela n’est pas équivalent à une médaille d’or pour moi. Nous avons honte des actions de Poutine », ajoute Maria Shershneva.

Avec cette suspension, la Russie peut être facilement associée à la tricherie dans le monde du sport international. La nation tente donc de corriger le tir et de reconstituer une image positive en étant, par exemple, hôte de plusieurs tournois internationaux, dont la prochaine Coupe du monde de soccer en 2018.

Finalement, avec toutes les allégations de dopage systémique, la Russie devra subir les conséquences, mais cela n’affectera pas le gouvernement, affirme M. Roche. « Les Russes ont tendance à se ranger derrière le gouvernement », conclut le professeur. Selon ce dernier, cela fera office de raison pour que les citoyens appuient davantage le gouvernement, ce qui pourrait mener à un déséquilibre des opinions sur la scène internationale.

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