Troquer la santé pour le muscle

lundi 12 février 2018 4:27

Le bodybuilding, cette sous-culture de l’esthétisme et de la musculation est en pleine expansion, laissant la chance à quiconque de jouer avec les risques du sport.

Annie St-Jacques


Maîtres de la privation tout en carburant aux efforts physiques, la montée sur le podium guident ces sportifs dans l’exhaustivité de leur quotidien; le culturisme, ce sport de compétition qui implique un acharnement physique surhumain, expose l’athlète aux risques du surentrainement.

Généralement, s’il est bien effectué, un programme d’entrainement musculaire ne comporte pas de risques pour l’athlète autant à court qu’à long terme. Toutefois, comme dans toute activité, lorsque l’équilibre est perturbée, le sport peut rapidement devenir malsain. Usure des articulations, déchirures des ligaments et des tendons ainsi qu’un dérèglement de la glande thyroïde sont les premiers contrecoups d’un entraînement musculaire excessif.  

« Beaucoup de gens vont détecter le surentrainement trop tard malgré les signes alarmants. […] Il faut prendre une pause avant de se rendre à cette étape », souligne Hamza Azzouzi, diplomé d’un baccalauréat en intervention en activité physique profil kinésiologie à l’UQAM. Celui-ci ajoute qu’il est difficile d’établir la limite entre un entraînement sain et un abus physique.

Le surentrainement survient chez l’athlète lorsqu’un trop grand stress physiologique est imposé au corps. On qualifie le surentraînement par des séances de musculation trop rapprochées, jumelées à un soulèvement de poids inadéquat pour l’individu. Les symptômes d’un excès d’entrainement se ressentent par une grande fatigue, une baisse de la libido ainsi que par une nervosité accrue.

Pour un culturiste, l’apparence esthétique est le critère d’évaluation le plus important, poussant celui-ci à vouloir constamment atteindre un niveau supérieur. Les athlètes ressentent une pression incessante d’améliorer leur forme physique. « On voit notre corps changer à chaque jour vers un idéal parfait. La journée même de la compétition, on est à notre cent pour cent […] et soudainement, après le concours c’est comme si on fermait toutes les lumières sur nous », explique Patricia Gosselin, entraîneuse privée chez Progym Montréal.  

Dans l’univers du culturisme, près de un compétiteur sur deux s’est déjà blessé sérieusement au point de devoir arrêter l’entraînement pour une période allant de quelques semaines à quelques mois, mentionne l’ancien compétiteur, Gabriel Roy. L’excès de musculation peut rapidement laisser des séquelles physique ou psychologique chez l’individu. Lorsqu’on parle d’une déchirure complète d’un tendon, dans presque tous les cas, le sportif ne retrouvera pas sa force initiale, et ce, même après des mois de récupération.

Dans ce milieu de compétition, une grande valeur est accordée à l’esthétisme, prédisposant ainsi les athlètes à tomber dans une obsession constante d’atteindre un physique supérieur. Bien que ce sport prône une musculature hypertrophiée, Hamza Azzouzi rappelle qu’il est important de considérer que des facteurs génétiques nous prédisposent à avoir des muscles saillants. Puisque ces derniers déterminent la progression musculaire de l’individu, un abus excessif d’entrainement ne rapprochera pas l’athlète d’une musculature à la Arnold Schwarzenegger.

Au final, le meilleur allié des athlètes demeure la patience.

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