Le meme, par et pour les jeunes

lundi 12 novembre 2018 5:00

Milik Bélanger


 

À l’ère où ton père s’inscrit sur Instagram et que ta tante « cool » découvre Snapchat, le meme reste le langage propre à la génération des millénariaux. Parfois obscures et nichées, d’autres fois accessibles et avenantes, les pages de memes ont toutes le même objectif : résonner chez les gens en utilisant les codes culturels actuels. Ce n’était qu’avec ces quelques connaissances que je me lançais dans l’expérience de créer une page de meme.

C’est dans une perspective sociologique, journalistique, mais surtout humoristique que j’ai créé une page de memes. L’objectif était simple : comprendre la recette derrière les bonnes pages de memes pour ensuite la répéter et espérer connaître un succès similaire.

Rempli d’optimisme et de confiance, j’entrepris le projet. Comment l’expérience aurait pu tourner au vinaigre, alors que je me considérais comme un « geek » des memes? Non seulement j’étais abonné à une quantité inimaginable de pages de memes louches et absurdes, mais j’étais également membre de groupe dank sur Facebook.

J’ai commencé par rencontrer un des trois administrateurs de la page Facebook, Photos drôles pour gens cool. Sauf le dimanche, pas de memes le dimanche, Nicolas Rome. Je voulais déterminer quels seraient les paramètres qui me permettraient de choisir le nom d’une page de memes qui pourrait connaître du succès.

Sa réponse était précise, il faut un nom qui comporte un référent culturel propre à notre génération. Selon lui, c’est la clé d’une bonne page de memes dont le but est de cibler un groupe de gens. À partir de cette information, j’ai décidé d’opter pour le nom : «Écouter du Fouki en famille» en m’inspirant de Fouki, le rappeur émergeant québécois de l’heure.

Après avoir réglé la question du nom de la page de memes,  je voulais savoir en quoi consiste un bon memes québécois. « Ces temps-ci, ce qui est populaire, c’est des références à la jeunesse et au passé», m’a mentionné Nicolas Rome. Il m’a donné un exemple:« Il est possible de faire des références à une grenade avec ça? Sacré Andy!, Adibou, ça, ça pogne!».

C’est en ayant ces judicieux conseils que je sautai à pieds joints dans l’exercice de créer une page de memes qui comporterait des référents propre au millénariaux. J’ai donc commencé à faire virevolter mon imagination en créant des memes sur Dead Obies, Ça Plan Pour Moi, Pokémon Go, etc.

J’ai également échangé avec Mircea Vultur, sociologue et chercheur au Centre Urbanisation Culture Société de l’Institut National de la Recherche Scientifique (INRS). Je cherchais à comprendre l’impact du memes sous une perspective sociologique. Selon le chercheur se spécialisant sur l’étude des phénomènes liés à la jeunesse,  la communication par image et vidéo dans le cadre du memes est loin d’être anodine.

« Le phénomène du narcissisme qui s’est vu augmenter beaucoup à cause des réseaux sociaux et dans le contexte d’individualisation » rend le phénomène d’image excessivement important et cela se manifeste dans le memes, explique M. Vultur.

Ainsi, le fameux « template », ou l’image sur laquelle repose un memes pourrait avoir une dimension intrinsèque et générationnelle qui explique l’attrait des millénariaux face à ce mode de communication. Le chercheur de l’INRS ajoute également que « chez les jeunes, les codes de communications ont été façonnés par l’utilisation [des nouvelles technologies]et cela influence également le comportement social ». Dans cette perspective, il est possible de noter que malgré la popularité grandissante des médias sociaux dans l’ensemble de la population, le memes a su rester ancré comme le langage des jeunes, car c’est avant tout un phénomène qui s’appuie sur des repères culturels qui leur sont propres.

Au premier jour de l’expérience, la visibilité de la page allait de bon train et j’ai recensé près de deux cents mentions j’aime en quelques heures. Les deux premières memes, de type starter pack, ont cumulé une trentaine de mentions j’aime et ont atteint près de 400 profils Facebook. Je me sentais comme un administrateur de Fruiter quand je voyais toutes les réactions en si peu de temps. Les gens identifiaient leurs amis et les invitaient à aimer la page Écouter du Fouki en famille. Même ma mère a aimé ma page, lorsque j’ai partagé une photo sur mon profil régulier sans savoir que son fils était l’administrateur de celle-ci.

Cependant, comme une rose, la page a fané assez rapidement, et a perdu de son effervescence. Chaque publication s’est vu rejoindre moins en moins de personnes; perdre ses pétales de popularité jour après jour, jusqu’à tranquillement publié des photos comiques rejoignant à peine quelques partisans indéfectibles.

Ce que j’ai retenu de l’expérience, c’est qu’il est bien difficile de programmer et de prédire le succès d’une page memes. Le succès d’un memes est rattaché à plusieurs éléments intangibles: le propos, l’efficacité du type d’humour, la politique du moment et, comme me l’a confié le sociologue Mircea Vultur, « le contexte social ». Cette expérience m’a permis de conclure une chose certaine: je suis assurément moins deep dans le memes game que je le croyais.

 

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