Le deuil des memes

mardi 13 novembre 2018 5:00

Alors que le nombre de j’aime sur les pages de memes grimpe à toute vitesse, certains administrateurs décident brusquement de cesser les activités de leur page.

Éliane Tremblay-Moreau

«Je ne m’amusais plus et je ne riais plus à mes memes», raconte le fondateur de la page Pierre de la Trudeau (PDLT), Laurent Campeau. Lorsque la création devient une tâche, certains administrateurs perdent toute envie de poursuivre leur mission.

«Si les pages de memes ont tendance à être éphémère, ça vient du fait que le monde est petit au Québec, explique le fondateur de la page Rosemondialisation et collaborateur de la page PDLT, Étienne*. On peut facilement reconnaître de quelle page vient un meme

Lynternait, Fruiter, Manon Grenier : chaque page a une marque qui lui est propre. Les memes québécois sont d’autant plus particuliers, puisqu’ils sont basés sur des éléments précis de la culture et sur l’actualité. Les memes liés à la politique, aux émissions et aux romans québécois sont chose courante dans le paysage mémétique de notre province.  «Les memes sont à l’image de la culture», dépeint l’étudiant à la maîtrise en histoire de l’art à l’Université du Québec à Montréal, Jasmin Cormier.

«Une des caractéristiques des pages québécoises est que leur contenu est original et ça demande plus d’efforts», explique le fondateur de PDLT, Laurent Campeau. Puisque les administrateurs sont souvent en manque d’inspiration, ils sont habituellement plusieurs pour gérer une même page. À l’international, les pages publient souvent du contenu semblable entre elles sans nécessairement être d’actualité, poursuit-il.

Selon M. Campeau, l’auditoire préfère la nouveauté et une page plus âgée est beaucoup moins intéressante qu’une page jeune. La vision du monde ainsi que les goûts des consommateurs de memes changent, ce qui les pousse à donner une attention éphémère aux pages. Il est normal qu’une page ait une date de péremption selon le créateur. «Toute page perd de sa pertinence au fil du temps. Les gens ont envie de voir autre chose. Un humour neuf, radical et étrange, c’est aussi une manière nouvelle de porter un regard sur le monde», raconte-t-il.

Les memes ont un effet important au sein de la société, puisqu’ils sont rapides à lire et immédiats. Selon la bachelière en sociologie et étudiante à la maîtrise en sociologie, Danielle Rudnicka-Lavoie, les memes sont très populaires, car ils permettent de s’engager politiquement en ligne. «Le format permet de créer des discours politiques et contestataires. C’est un moyen partager ses opinions librement avec son auditoire.»

L’étudiante en sociologie mémétique affirme que «certains administrateurs arrêtent de faire des memes parce qu’ils ne veulent pas devenir un courant populaire». Les pages conventionnelles utilisent un nouveau format de memes qu’elle nomme dank, un humour absurde, pour rester au top de la popularité. Certaines pages vont jusqu’à se faire approcher par de grandes compagnies pour faire du marketing et créer de la marchandise. Cela effraye certains administrateurs et mène parfois à l’arrêt des activités de leur page.

 

*Le nom de cet administrateur de page est fictif, à sa demande, pour préserver son identité.

 

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