Voler, sans battre des ailes

samedi 12 mai 2012 3:00

Par Alexandra Piché

Il rêvait de voler comme Superman. À l’âge de 18 ans, il a remplacé la cape par une grande toile colorée et s’est envolé. Guillaume Lemay-Thivierge, comédien et passionné de parachutisme, compare ce sport à un besoin, une drogue, mais qui ne détruit pas la santé. «Quand je suis prêt à sauter de l’avion, je sais que le plaisir absolu est sur le point d’arriver. À l’atterrissage, tout ce que je veux c’est remonter et recommencer.»

Se lancer dans le vide à 5000 pieds d’altitude, c’est ce que fait plusieurs fois par jour, Nicolas Huard, instructeur à l’école de parachute Voltige. Dans les airs, il se sent libre. Pour lui, en parachute, il faut être bien avec soi-même, se faire confiance. «Il faut aussi faire confiance aux autres, parce que lors de nos premiers sauts, ce n’est pas nous qui plions notre parachute. Cela rajoute du stress à l’activité», ajoute-t-il.

Tout ce stress se transforme en un sentiment vital pour certains: l’adrénaline. Même après avoir fait plus de 1 000 sauts, les amateurs réussissent à aller chercher ce sentiment d’urgence de plusieurs façons. «En début de saison, quand ça fait longtemps qu’on n’a pas sauté, l’adrénaline revient lors de notre première fois, au printemps», exprime Nicolas Huard. «On peut aussi la retrouver en augmentant le degré de difficulté des sauts.» Avec un peu d’imagination, il est toujours possible de trouver de nouvelles idées pour rendre leur sport de plus en plus excitant. «L’année dernière, j’ai effectué un saut complet les yeux bandés. J’ai plié mon parachute, suis monté dans l’avion, ai sauté et atterri à l’aveuglette», raconte Nicolas Huard. Guillaume Lemay Thivierge, quant à lui, aime bien sauter de nuit. «C’est grandiose et très calme, mais également plus inquiétant parce que, dans le noir, on ne voit pas le sol tout de suite.»

Se jeter dans les airs, les pieds sur terre

Souvent ce sont les hauteurs qui font peur, mais en base jump, c’est la proximité du sol qui est inquiétante. Se jeter en bas d’un immeuble, d’un pont ou d’une antenne, ça ne laisse que quelques secondes pour ouvrir son parachute. Ce n’est pas pour rien que cette pratique ne peut être faite que par des professionnels prêts physiquement et mentalement, accompagnés d’une équipe, et d’équipements spécifiques. «Le base jump est surtout pratiqué aux États-Unis et dans l’Ouest canadien,» mentionne Nicolas Huard. «Au Québec, ce n’est pas illégal, mais comme les plus hautes structures sont privées ou protégées, il faut que le propriétaire accepte de voir des gens se jeter en bas de son immeuble. C’est donc plus rare.» Aux États-Unis, des événements spéciaux sont organisés durant lesquels des ponts sont fermés exclusivement pour les base jumpers.

En sautant à si peu d’altitude du sol, la vie des parachutistes est vraiment en danger. «La décharge d’adrénaline que ce sport procure n’est pas comparable. Ton cerveau, tout ce qu’il se demande, c’est pourquoi tu fais ça. Quand tu t’élances, il est convaincu que tu vas mourir, les sons sont multipliés, c’est assez épeurant», explique Nicolas Huard. Il ajoute que lors du premier saut, il a vraiment fallu qu’il déprogramme son cerveau. Un décompte est utilisé par les bases jumper juste avant de sauter pour mettre un ultimatum à leur cerveau : «1-2-3 see you» (on se voit en bas). Une fois qu’il a réussi à aller à l’encontre des désirs de son cerveau, Nicolas se sent mieux que jamais. «Quand le parachute s’ouvre, tu as comme une euphorie, c’est indescriptible ce que tu ressens. L’état peut durer une semaine, et ce même si ce n’est pas ton premier saut, dit-il. En base jump tu ne vas pas chercher l’habitude, parce que tu es toujours conscient que tu mets ta vie en danger.»

Selon Guillaume Lemay-Thivierge, après avoir passé le cap du 1 000 sauts, il est plus facile de devenir négligeant en préparant l’équipement ou de penser que l’on connaît tout et d‘effectuer des sauts qui dépassent nos capacités. Pour lui, le danger d’accidents ne provient pas du sport lui-même, mais du sportif. «Tout comme en automobile, les accidents n’arrivent que rarement à cause d’un bris d’équipement. Parfois, on perd un peu la tête, on veut en faire trop. Le plus dangereux en parachute, c’est soi-même», confie-t-il. Mais l‘important, selon lui, est de toujours réussir à se rappeler à l’ordre. «Un mentor m’a déjà dit: N’oublie jamais, j’ai 30 ans d’expérience, tous mes membres intacts. Ça vaut beaucoup plus le coup d’être un vieux sauteur, qu’un bon sauteur», conclut l’athlète.

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