La BD québécoise en plein essor

mardi 15 mai 2012 12:31

Par Simon Dansereau

L’univers québécois de la bande dessinée connaît un réel âge d’or, tant par la reconnaissance internationale qu’il reçoit que par la visibilité dont il bénéficie en terrains connus. Les auteurs et les éditeurs n’ont jamais été si nombreux et le nombre de bédéphiles est en croissance. Toutefois, les gens de l’industrie peinent à définir la BD québécoise par rapport à ce qu’il se fait ailleurs.

«Je dirais qu’elle n’a rien de distinct», répond d’entrée de jeu François Mayeux, propriétaire de la librairie Planète BD à Montréal. Il reconnaît que la question a été la source de nombreux débats entre auteurs, éditeurs et libraires d’expérience œuvrant dans le milieu de la BD au Québec. «Finalement, ils en sont venus à la conclusion que la seule définition qui tient le coup et qu’on pourrait attribuer à une BD dite québécoise, c’est qu’elle doit être publiée au Québec.» Ainsi, un auteur d’ici, Guy Delisle par exemple, qui publie et vit en France, ne ferait pas de la BD québécoise au sens propre du terme. De même, un Français comme Régis Loisel, qui a écrit Magasin général,dont l’histoire se passe complètement au Québec dans les années 20, ne ferait pas non plus de la BD québécoise, puisque son œuvre est publiée chez Casterman, une importante maison d’édition belge. «Ce n’est pas la nationalité qui définit le produit, mais son lieu de publication», résume François Mayeux.

Le libraire qualifie d’ailleurs la BD québécoise contemporaine de «disparate» et de «diversifiée», alors que de nouveaux styles ont émergé, comme la BD jeunesse. Il constate que les maisons d’édition ne publient désormais plus qu’un seul, mais plusieurs genres. Depuis l’an 2000, le phylactère produit au Québec a complètement changé de visage. La BD publiée ici paraissait surtout dans les revues d’humour comme Safarir durant les années 80. Les années 90 ont ensuite vu naître la BD d’auteur, plus introspective. «La BD d’auteur était marginale, mais surtout, l’ensemble du phylactère québécois ignorait plusieurs genres tels que les aventures policières, l’aventure, la science-fiction», ajoute François Mayeux.

La signature esthétique de la bande dessinée d’ici demeure tout aussi complexe, aux yeux de M. Mayeux. «Elle est difficile à définir puisqu’elle est un amalgame de plein d’influences, venant des BD franco-belge et américaine. On ne peut plus la définir selon une école particulière.» Il est donc plus juste de parler en termes de «milieu de la BD québécoise», plutôt que de «BD québécoise», spécifie-t-il.

Les explications de François Mayeux ont trouvé écho chez plusieurs bédéistes présents à cette dernière édition du Salon du livre de Québec. «À part le langage, je n’y vois pas de caractéristiques particulières», avoue Michel Rabagliati, auteur de la série Paul. Le récipiendaire du prix du public en 2010 pour son livre Paul à Québec au Festival international de la bande dessinée d’Angoulême affirme qu’il a toutefois une responsabilité envers le milieu québécois de la bande dessinée. «Mon succès a donné l’exemple et beaucoup l’ont suivi. Je me sens donc redevable envers eux.»il. Pour Jean-François Bergeron – alias Djief – auteur des séries Le crépuscule des dieux et White Crows, «c’est dans le détail qu’on voit la différence». Selon lui, les influences américaine et européenne teintent notre BD, mais il avoue que la question n’est pas si simple. «C’est un vaste débat» lance-t-il «Je pense qu’on s’est démarqués par notre humour et notre langage», affirme quant à lui Yohann Morin, auteur de Biodôme, publié en France.

L’engouement pour le 9e art québécois est bien réel, si l’on se fie à l’enthousiasme de Maryse Dubuc, du duo Delaf et Dubuc, de la série Les Nombrils. «Maintenant, les Québécois se disent qu’il faut en connaître un minimum sur la BD, au même titre que pour le cinéma.»

Encadré : la BD autobiographique

L’expérience de vie des auteurs est souvent source d’inspiration. Michel Rabagliati construit ses récits, qualifiés d’intimistes, autour d’un contenu puisé à 75% dans le réel. Il utilise cette technique surtout pour piquer l’intérêt de ses lecteurs. «Ce n’est pas un trip nostalgique, sinon j’écrirais dans un journal intime. Je veux que mes souvenirs soient une source d’émotions et de bons moments pour le lecteur», affirme-t-il humblement. Avec son parcours, il cherche aussi à parler de la société québécoise sous toutes ses facettes, historiques comme sociales. «Les gens sentent mon amour du pays», souligne-t-il.

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