Femmes libérées

jeudi 17 mai 2012 9:56

Par Sandrine Champigny

Déguisées en soubrettes devant les portes de Dominique Strauss-Kahn, elles ont dénoncé le machisme. Pour défendre le droit à l’avortement, elles se sont statuées seins nus au sommet d’une cathédrale de Kiev. Même coiffées d’un niqab devant l’ambassade de l’Arabie Saoudite en Ukraine, les femmes membres du mouvement féministe FEMEN n’ont pas froid aux yeux. Sans tabous, elles redéfinissent le militantisme.

«Je pense que le mouvement FEMEN relance le débat du féminisme en abordant des sujets d’actualité, explique Mélanie S. une militante du groupe qui s’implique en France pour y faire connaître FEMEN. Elles vont au bout de leurs idées et en assument les conséquences». Choquantes et provocantes, les féministes d’aujourd’hui prennent les grands moyens pour se faire entendre et c’est avec ferveur et véhémence que le mouvement défend les droits des femmes. Dénudées, le corps peint et armées d’une sexualité pleinement assumée, le groupe féministe ukrainien FEMEN affronte les préjugés pour transmettre leur message.

Le but premier de l’organisation, fondée en 2008 par Anna Hutsol, est d’assurer la défense des droits des femmes de ce pays de l’Est dans un pays où l’on accorde peu d’importance à la place de la femme tout comme à leur voix. « L’Ukraine est un pays peu médiatisé, ayant mauvaise réputation en Europe, notamment à cause de la prostitution », souligne la militante française.

Le mouvement a été fondé à la suite de la Révolution orange en Ukraine. Cette révolution est le résultat de manifestations et de grogne populaire, suite des élections truquées de 2004. Le scrutin faussé, la reprise du vote s’est soldée par l’élection de Viktor Ioutchenko. «Malgré tout, il reste encore du changement à faire», insiste Mélanie S. L’Ukraine n’est pas encore très stable et a encore beaucoup de chemin à faire pour établir l’égalité homme/femme et la liberté d’expression ».

Même si plusieurs saluent l’audace du groupe FEMEN, Sandrine Ricci, coordonnatrice du Réseau québécois en études féministes soulève un bémol sur la façon de protester des FEMEN. «Le problème n’est pas la nudité comme telle, mais bien la chosification et la marchandisation du corps des femmes, qui est désormais un bien de consommation comme les autres», déplore celle qui s’inquiète de l’image qu’elles peuvent projeter, soit celle de femmes-objets.

Au contraire, Mélanie S. pense que le groupe permet de rajeunir l’image du mouvement féministe et de rallier des gens à leur cause par leurs gestes d’éclat. «Le mouvement s’est beaucoup développé, car les européennes se reconnaissent dans ces femmes. Je pense que le fait que ces féministes aillent au fond des choses impose un certain respect. Elles méritent qu’on les écoute.»

Les militantes FEMEN représentent d’abord et avant tout les Ukrainiennes, bien que le mouvement se soit étendu un peu partout sur la planète. En France d’ailleurs, il prend de plus en plus d’ampleur, mais peut-être pas de la façon dont le souhaiterait les fondatrices. C’est ce que soutien Mélanie S., très consciente du potentiel de divertissement engendré par ce type d’actions. «Le mouvement a pour l’instant un effet médiatique ponctuel en France. Je crois qu’il est surtout connu pour son côté insolite et donc, il médiatisé pour cette même raison.»

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