Des colorants dans nos assiettes

jeudi 17 mai 2012 9:57

Par Sophie Gillig 

Un steak gris? Non merci. Les colorants alimentaires permettent de modifier l’aspect des aliments pour les rendre plus attrayants pour le consommateur. En proposant des produits aux couleurs vives, les industries alimentaires influencent nos choix alimentaires dans le but de maximiser les ventes.

Confitures, sodas, ou friandises ont des couleurs plus vives que nature. Les fabricants sont tenus d’indiquer la présence de colorants sur leurs étiquettes, sans toutefois préciser s’ils sont naturels ou synthétiques. Bien que des règles sévères soient appliquées dans l’ensemble du Canada, les législations diffèrent d’un pays à l’autre.

«Un colorant, selon Santé Canada, est un ingrédient qu’on ajoute à un aliment afin d’accentuer ou augmenter sa couleur», précise Luc Hobson, consultant en sciences alimentaires. Ils rendent l’aliment plus appétissant et préviennent sa décoloration afin de mieux les vendre par la suite.

Il existe trois types de colorants autorisés en alimentation: les colorants naturels, qui ont toujours existé, les colorants de synthèse, fabriqués par l’industrie chimique et inspirés de produits originellement naturels, et les colorants artificiels qui n’ont pas d’équivalent naturel. Au Canada, six colorants synthétiques sont autorisés, dont le «rouge Allura», le «bleu brillant» et la tartrazine, un colorant jaune souvent utilisé dans les pâtisseries.

Une enquête du Western union money transfer Centre National de la Recherche Scientifique (CNRS) menée en France, a montré que la couleur de l’aliment influe fortement sur le goût que perçoit le consommateur. «La couleur doit correspondre avec l’aliment qu’on mange, ajoute Luc Hobson. S’il y a déconnection entre la couleur et le goût, le produit ne se vendra pas et sera rapidement retiré du marché.» Julia Csergo, historienne de l’alimentation à l’UQAM, ajoute que les colorants, naturels ou non, ont toujours été présents dans notre alimentation, et ce, pour des raisons esthétiques. «Au Moyen-Âge, des repas colorés étaient organisés, indique t-elle. Les aliments étaient soit entièrement bleu, rouge ou jaune. On déguisait les aliments uniquement par beauté.»

Les colorants alimentaires compensent également les variations saisonnières. En hiver, certains aliments sont jugés trop pâles par les industriels qui leur rajoutent des colorants pour les rendre plus vifs. «On essaye de corriger les lacunes des couleurs dues à de mauvaises récoltes, affirme Luc Hobson. Les consommateurs veulent un produit dont l’apparence ne change pas jusqu’à sa date de péremption.»

« De tout temps, l’Homme s’est inquiété du contenu de son assiette, car on devient ce qu’on mange, précise Marie Watiez, psychosociologue de l’alimentation. Aujourd’hui, il semblerait que le consommateur ne soit plus en lien avec ce qu’il consomme. C’est la dose qui fait le poison.» Luc Hobson renchérit. « Les aliments qui contiennent des colorants ne sont pas à craindre en soi. C’est plutôt leur valeur nutritive qu’il faut questionner car ce sont généralement des aliments riches en sucres ou en graisses. »

Encadré :

Jusqu’à maintenant, aucune recherche scientifique n’a été en mesure d’établir un lien clair entre une alimentation riche en colorants alimentaires et le risque de cancer. Deux importantes études scientifiques britanniques ont cependant démontré qu’un cocktail de colorants alimentaires et de benzate de sodium, additif de conservation, pouvait provoquer de l’hyperactivité chez plusieurs enfants. Du côté des allergies, le colorant artificiel le plus étudié est la tartrazine, de couleur jaune, que l’on associe à des crises d’urticaire et d’asthme.

 

1 Comment

Leave a reply

required

required

optional