Internet : Pharmakon moderne

mardi 12 février 2019 3:43

D’origine grecque, le terme pharmakon désigne à la fois un remède et un poison. En  seulement quelques clics, cette dualité peut être observée dans le cyberespace.

Par Maïka Yargeau

Le bouche-à-oreille a légué sa place au web où les rumeurs, qu’elles soient désirées ou propagées sans malice, se partagent sur la toile à une vitesse vertigineuse.

Le designer d’intérieur Frédérick Gingras Ouellette a été victime d’intimidation et de cyberintimidation alors que Facebook n’en était qu’à ses balbutiements. Une page web désirant sa mort lui avait même été dédiée. «Un des onglets [énumérait] toutes les raisons pour lesquelles ils voulaient m’éliminer», confie celui désormais âgé de 27 ans.

Il ajoute que selon lui, avec le web, «tout le monde finit par avoir un avis sur toi et par te juger alors qu’ils ne t’ont jamais parlé. C’est facile derrière un écran de dire n’importe quoi. »

Cet anonymat, particulier à Internet, peut aussi être utilisé à d’autres fins, tel que l’a démontré la page Facebook de «memes» nommée Le Revoir. Utilisant l’humour engagé, celle-ci a pour but de «stimuler des réflexions en profondeur au-delà du traitement médiatique de surface», mentionne leur équipe.

Quotidiennement, Le Revoir crée de nouvelles histoires à partir d’images d’actualité. Grâce à cette manière de procéder, semblable à de la caricature, la page rejoint désormais un public de 30 000 abonnés. Créée lors de la campagne électorale québécoise de l’automne dernier, la page de blagues se dit toutefois bien loin de la désinformation politique. Cette technique sert à «berner le lectorat», alors que la démarche du Revoir est «complètement à l’opposé» explique un membre anonyme de leur équipe.

«[C’est] difficile de dire ce qu’est une fausse nouvelle, puisque [le terme] est appliqué à des tonnes de choses», indique le professeur de l’Université du Québec à Montréal spécialisé en science de l’information et de la communication, Alexandre Coutant. Il regroupe toutefois ce qu’on appelle les «fake news» sous quatre grandes catégories distinctes : la blague, la désinformation, l’erreur professionnelle et la raison économique. 

M. Coutant explique que ce concept n’est pas nouveau et que «ce qui fait qu’aujourd’hui c’est aussi central, c’est plutôt que les mécanismes de rediffusion ont été complètement transformés.» D’après lui, Internet permet un partage plus rapide et surtout plus significatif.

Éduquer les usagers

«Mets un fusil sur une table, ce n’est pas lui qui est dangereux. C’est la personne qui le prend et qui tire» explique Frédérick Gingras Ouellette en comparant ce fusil à Internet. D’après lui, le problème provient des gens utilisant le cyberespace: il faudrait les former afin qu’ils utilisent Internet correctement. Le Revoir abonde dans le même sens et conseille de «questionner tout, d’abord soi-même».

Alexandre Coutant explique sur la même lancée qu’il «faudrait qu’on éduque tout le monde à se dire que 30 secondes suffisent pour voir que c’est faux». Il poursuit en disant que «l’outil technique n’est pas le problème, c’est plutôt la manière dont il s’intègre dans la société; ça peut être le pire comme le meilleur».

Le poison ou le remède.

 

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