Communications et colportage

mardi 26 février 2019 4:34

À l’ère des fausses nouvelles et des ragots très grande vitesse, grâce aux nouvelles technologies et aux bouches malveillantes, il est facile de se laisser embobiner par des histoires inventées de toutes pièces. L’Apostrophe a voulu voir s’il était aussi facile qu’on pourrait le croire de propager une rumeur.

Par Lauriane Lalonde


Avec près de 20 ans d’expérience dans l’art du babillage et du papotage, relever le défi d’inventer et de propager une rumeur me semblait très réalisable, voire même vraiment fafa. Je me suis donc lancée dans le projet de faire croire au plus grand nombre de gens possible qu’un tournoi de beerpong allait avoir lieu lors du lancement du magazine Rumeur, l’édition la plus récente de L’Apostrophe.

Choisir une rumeur simple, attrayante pour les étudiants du département de communication, et qui n’est pas à propos d’une personne; voilà ce qui a mené au choix du tournoi de beerpong, activité populaire chez les jeunes adultes. Pour répandre la bonne nouvelle, je me suis rendue au Centre de documentation de l’UQAM, lieu où tous les communicateurs en devenir se rencontrent, en demandant aux gens s’ils comptaient y participer.

Il va sans dire que j’avais sous-estimé l’ampleur de la tâche (et ma capacité à colporter à grande échelle). Je me suis en effet butée à quelques difficultés pendant l’expérience. Par exemple, j’ai réalisé que je connaissais beaucoup moins de gens de mon milieu d’étude que ce que je croyais. J’étais parfois trop gênée d’aller voir des gens que je connais peu pour leur faire part de la rumeur; c’était peu naturel. Également, la majorité des gens constituant mon entourage universitaire sont collaborateurs à L’Apostrophe et étaient au courant de mon devoir de faire grandir une rumeur au sein de notre entourage. Cette particularité me rendait facile à démasquer quand je les approchais pour leur faire part de l’événement.

Je me doute bien de la question qui brûle sur toutes les lèvres : la rumeur fut-elle un succès? Je serai franche; succès n’est certainement pas l’expression appropriée. Mais ai-je réussi à convaincre complètement six personnes? Oui. Trois personnes comptaient participer au tournoi, pensant être dans mon équipe, deux autres s’étaient déjà inscrits en envoyant un message privé à la page Facebook de L’Apostrophe, et une personne était au courant mais ne désirait pas participer. Sur ces six personnes, une seule a été mise au courant par une personne autre que moi.  Peut-on donc conclure que la rumeur a porté fruit? Pas vraiment, puisqu’il n’y a pratiquement que moi qui l’ai propagée, ce qui lui donne plutôt l’allure d’une fausse information, ou tout simplement d’un mensonge.

Pour mieux comprendre pourquoi le projet n’a pas porté fruit, je suis allée chercher des réponses d’un connaisseur en la matière. Selon l’enseignant en sociologie du Collège André-Grasset Jean Carpentier, nous sommes tous enclin de croire et de propager, malgré nous, les rumeurs. Pour qu’un ouï-dire se répande dans un groupe, elle doit correspondre à certains critères. L’information doit être surprenante, épeurante, ou doit venir nous toucher, venant confirmer nos peurs, nos croyances ou nos rêves, par exemple, affirme-t-il. Il m’a également expliqué que la meilleure façon de tuer une rumeur, lorsqu’elle est nocive ou qu’elle est à notre sujet, c’est de l’ignorer. Les rumeurs existent lorsqu’on leur donne de l’importance, ajoute-t-il.

Donc, après coup,  la rumeur était trop commune pour faire jaser. Un tournoi de beerpong dans un party de communication, ce n’était pas l’idée la plus révolutionnaire. C’est pourquoi quand l’information se rendait aux oreilles des gens, ils ignoraient sûrement la nouvelle, ne suscitant aucune émotion chez eux, ce qui expliquerait qu’elle ne se soit pas répandue. Si c’était à refaire, j’opterais pour une rumeur plus choquante aux yeux des étudiants de communication, qui les toucherait plus directement, comme l’annonce d’une hausse du prix de la Pabst, qui sait?

 

Lien vers la vidéo cobaye: https://youtu.be/XUvbijpgFF0

 

 

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