La Hongrie de Viktor Orban ferme la porte aux études de genre

mercredi 6 mars 2019 3:19

À la suite d’une décision controversée du gouvernement Orban, le programme en études de genre en Hongrie est en danger.

Éliane Gosselin


En septembre 2018, le premier ministre de la Hongrie, Viktor Orban, a brusquement mis fin à tout financement des études de genre, un programme pourtant convoité à l’Université d’Europe Centrale (UEC) à Budapest. En avortant ces bourses, le gouvernement empêche pratiquement tout Hongrois d’étudier dans ce domaine.

«Les gens naissent hommes ou femmes [et]  il n’est pas acceptable de parler d’une construction sociale des genres remplaçant les sexes biologiques», a déclaré l’État hongrois en réponse aux questions des médias sur la décision de mettre fin au financement des études en genre. Ces études sont pourtant plus complexes que le prétend le gouvernement. Selon la professeure à l’Institut des études de genre de l’UEC à Budapest, Andrea Peto, ce domaine interdisciplinaire cherche à comprendre de quelles façons les différences sociales, culturelles et sexuelles sont construites et transmises dans la société moderne. Pour Mme Peto, la fin des subventions pour le programme des études de genre «marque le commencement d’une nouvelle ère de l’éducation supérieure en Hongrie».

L’Université d’Europe Centrale est une université privée, ce qui implique qu’il n’est pas possible pour le gouvernement de simplement mettre un terme à un de ses programmes. C’est en avortant tout financement aux étudiants hongrois d’un programme qu’il peut lui porter atteinte, comme c’est le cas pour les études de genre.

Certains professeurs devront d’ailleurs se trouver un autre domaine d’enseignement, d’ici quelques années, le temps que les étudiants actuels terminent leurs études. Ceux ayant déjà entamé leur parcours scolaire auront toujours accès aux bourses, mais les nouveaux étudiants n’auront aucune chance d’en bénéficier. Le programme, offert à l’UEC et à l’Université Eötvös Loránd (ELTE), est enseigné à quelques dizaines d’étudiants par année au total. Mettre un terme à ces bourses équivaut pratiquement à l’élimination du programme, étant donné que sans l’aide financière, le nombre d’inscriptions pourrait drastiquement chuter. Le coût d’une année d’études à l’UEC ou à l’Université ELTE s’élève à plusieurs milliers d’euros, alors que le salaire moyen annuel d’un Hongrois s’élève à environ 11 000 euros, selon l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE).

Légitimité du gouvernement hongrois

«L’opposition aux études en genre est une possibilité pour la droite de créer une vaste alliance», note également la professeure Andrea Peto. Parmi les groupes qui se rallient, on y inclut les regroupements religieux du pays et certaines associations économiques.

Le politologue canadien, Robert Austin, professeur à l’Université de Toronto et chercheur sur la situation politique en Europe de l’Est, indique qu’en rassemblant la droite économique, religieuse et politique, «le gouvernement a créé une autorité centrale très forte autour de tous les aspects de la société hongroise». C’est en abolissant certaines subventions et en ralliant les groupes de droite que le gouvernement a réussi à créer cette «autorité centrale». Le parti au pouvoir est donc «de plus en plus anti pluraliste», étant donné que l’opposition est quasi inexistante et les idées deviennent plus centralisées.

Les coupures dans le financement des programmes universitaires et auprès des organismes communautaires, et, plus récemment, la tentative de chasser l’UEC de Budapest, ont amené l’Union Européenne à se questionner sur la légitimité du gouvernement. Ils se disent prêts à agir si l’État dépasse certaines limites. À ce sujet, le professeur Austin rappelle qu’il est difficile pour ces autorités de freiner le gouvernement hongrois, qui jusqu’à maintenant n’a pas agit de manière anti-démocratique à proprement dit.

Impacts sur les minorités sexuelles

Avec la fin des études de genre, il est aussi important de considérer les personnes issues des minorités sexuelles hongroises. Étant très peu acceptées, elles subissent également les coupures du gouvernement, puisque les organismes communautaires qui les représentent sont directement touchés. Selon l’étudiante en droit et relations internationales à l’UQÀM, Daphné Beaudoin, qui est elle-même allée en Hongrie étudier les effets de la droite sur les personnes issues des minorités sexuelles, cette mesure devient donc «une forme de répression, sans que concrètement il n’y ait d’action vis-à-vis elles». Elle rapporte aussi que, présentement, le combat principal des personnes issues des minorités sexuelles est de légaliser le mariage entre personnes de même sexe. Avec le gouvernement Orban et la très faible opposition parlementaire, «la résistance se retrouve épuisée et certains préfèrent simplement quitter le pays».

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