Le futur de la péninsule coréenne toujours incertain

mercredi 6 mars 2019 3:22

Bien que les combats entre les deux Corées aient cessé depuis plus de 60 ans, la menace d’une reprise d’un conflit armé semble toujours planée.

Louis Garneau-Pilon


Le conflit dans la péninsule coréenne pourrait bien prendre fin si les deux dirigeants des Corées, Moon Jae-in et Kim Jong-un, s’accordent sur une entente de paix : un processus qui pourrait être plus compliqué qu’il ne le semble.

Plusieurs mesures pour atteindre la paix ont été élaborées dans le passé, mais aucune d’entre elles n’a porté fruit. Le professeur en science politique à l’UQAM et spécialiste de l’OTAN, André Donneur, explique que le président Bill Clinton avait essayé de fournir, sans succès, «un certain nombre de réacteurs, à des fins pacifiques, contre le non-programme nucléaire de la Corée du Nord».

Un des obstacles à l’unification de la Corée est le désaccord de certains groupes locaux envers les rapprochements Nord-Sud. Le professeur à l’UQAM et membre de l’Observatoire de l’Asie de l’Est (OAE), Éric Mottet, mentionne que les tensions politiques en Corée du Sud peuvent ralentir ces pourparlers. Les conservateurs du pays vont «systématiquement torpiller ce que mettent en place les démocrates», puisqu’ils souhaitent reprendre le pouvoir. Des «raisons de politique intérieure» expliquent selon lui le peu de support pour l’unification dans le sud.

Le manque de volonté des dirigeants nord-coréens à s’engager dans une discussion de paix a été un des problèmes pour la négociation. Éric Mottet explique que cela a changé depuis que le pays possède un arsenal nucléaire. Grâce à ces armes, la Corée du Nord peut se permettre une meilleure position de négociation. Même si cet arsenal n’est pas impressionnant, il inquiète quand même plusieurs pays voisins. «Nous avons longtemps ri de l’arsenal coréen. Pour le Japon, c’est [aujourd’hui] beaucoup moins comique», mentionne André Donneur. Ces armes nucléaires pourraient permettre à la Corée du Nord d’ouvrir un dialogue de paix, mais la dénucléarisation ne sera pas facile pour autant.

Les deux États ne sont toutefois pas les seuls à être impliqués. Le professeur spécialiste de l’Asie à l’UQAM, Joseph Chung, décrit que l’industrie de la guerre rapporte beaucoup aux États-Unis. «La paix coûte trop cher pour les Américains, mais la guerre est très payante à la fin», dit-il en parlant des dizaines de milliards de dollars que les États-Unis font avec leurs exportations d’armes en Corée du Sud. M. Chung considère que la présence américaine dans le sud de la péninsule n’a pas pour objectif de surveiller le nord, mais bien d’avoir un œil sur leur rival dans la région, la Chine.

Les trois professeurs restent optimistes malgré tout : la paix est bel et bien possible. Joseph Chung, probablement le plus optimiste des trois, mentionne qu’il faut aller de l’avant. «On a eu une histoire de 5000 ans, même race, même culture : on ne peut pas détruire l’homogénéité culturelle en 70 ans.»

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