Scénario catastrophe au Cap

mercredi 6 mars 2019 3:40

Dans cette partie du monde où les pluies se raréfient et où la population grimpe, des restrictions drastiques liées à la consommation d’eau ont contribué à repousser le Jour Zéro.

Mayssa Ferah


La capitale sud-africaine a été en avril dernier la première métropole frappée par l’imminence du Jour Zéro. Cette éventuelle pénurie d’eau survient après trois ans de basse pluviométrie ayant radicalement baissée le niveau des réservoirs d’eau, poussant les résidents à réduire leur consommation au strict minimum.  

Les causes d’une telle crise sont une combinaison de facteurs politiques, climatiques et démographiques. «La mauvaise planification démographique des infrastructures y est pour quelque chose», indique le titulaire de la Chaire de recherche en eau potable de l’Université Laval, Manuel Rodriguez. La population actuelle de 4,3 millions a doublé depuis la fin de l’apartheid, augmentant considérablement la demande en eau afin de satisfaire un train de vie qui carbure à la consommation de masse.

Les changements climatiques exacerbent l’aridité de certains climats, une réalité à laquelle l’Afrique du Sud n’échappe pas. Anticiper ce genre de situation s’avère possible, bien que difficile et coûteux, selon M. Rodriguez. «Les infrastructures ont été construites il y a un moment, avec en tête une population moindre. Les mesures d’économie d’eau sont moins coûteuses que la construction de réservoirs supplémentaires ou la désalinisation d’eau. Les municipalités doivent prendre en compte les changements climatiques et leurs conséquences», affirme-t-il.

C’est en instaurant un sentiment de panique que le Jour Zéro a pu être retardé. Un communiqué publié en octobre 2017 par la ville du Cap rappelle aux résidents la nécessité de recueillir l’eau utilisée pendant les douches dans des bassines afin de la réutiliser ou encore d’éviter des actions banales comme tirer la chasse d’eau des toilettes. À certains endroits, la distribution d’eau se fait via divers points de collecte. Des amendes viennent réguler la limite de consommation mensuelle de 20 000 litres par résidence. Si ces réglementations représentent une nouveauté pour certains, il s’agit d’une réalité familière pour d’autres. Les habitants des «Townships», sombres héritages de la ségrégation raciale, ont un rapport à l’eau précaire depuis des décennies. Pour Tomas, étudiant capetonien ayant préféré garder l’anonymat, le fait que l’arrivée du Jour Zéro fasse le tour du monde est teinté d’ironie. «J’ai l’impression que maintenant que ça arrive à des gens riches et blancs, on en parle partout dans le monde, mais là où j’ai grandi, on a toujours dû faire face au manque, ce n’est pas un phénomène nouveau et on n’a jamais parlé de crise», confit-il.

Ce qui se passe au Cap n’est que le début de changements auxquels d’autres villes feront face. «Ce cas n’est ni le premier ni le dernier», déclare Ali Nazemi, professeur à l’Université Concordia et membre du Global Institute for Water Security. «Un effort global de diminution de notre consommation est nécessaire afin d’éviter l’état d’urgence qui nuirait à notre qualité de vie.»

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