Saint-Jacques sous la faux de Perpignan

mercredi 6 mars 2019 3:52

Installés depuis 1938 à Saint-Jacques, les Roms voient leur unicité et leur patrimoine menacés par un projet de rénovation.

Mai Laliberté


Pour faire renaître le quartier Saint-Jacques, la ville de Perpignan y a localisé la faculté de droit de l’Université Perpignan-Via Domitia (UPVD). Elle tente maintenant d’y implanter le Projet national de rénovation urbaine, mais les volontés des Roms y résidant n’y semblent pas considérées.

Dès son arrivée dans le quartier Saint-Jacques, le groupe de Roms catalans a fait bénéficier la France de sa culture et de ses travailleurs spécialisés. La groupe anciennement nomade a vu disparaître ses métiers, mais la culture rom continue de se propager oralement.

«Les politiques de relogement font l’objet de fausses consultations qui découragent les habitants», soutient Jean-Louis Olive, spécialiste des gitans et sociologue professeur à l’UPVD. Les familles victimes des démolitions de leurs habitats vivent dans la précarité. 70% de la communauté est chômeuse et la moitié gagne moins de l’équivalent de 5200 dollars canadiens par an.

Faute d’entretien, les infrastructures s’y fragilisent. L’Association pour la sauvegarde du patrimoine artistique et historique roussillonnais a dénoncé la démolition de bâtiments couverts par le Plan de Sauvegarde et de Mise en Valeurs.

L’architecte Jean-Bernard Mathon a même affirmé la possibilité de rénover sans détruire pour des coûts similaires. Au total, 483 logements seront détruits et 236 logements seront construits. Le journal La Croix rapporte que d’après l’adjoint-maire, 40% des unités sont inoccupées. Sans garantie, il affirme également qu’il y aura des logements pour tous.

Une cité au nord a été construite pour loger les résidents qui y voient un processus d’embourgeoisement. Le projet permettra aux mieux nantis de prendre leur place. M. Olive décrit le processus comme «un réaménagement « sécurisé » de l’habitat bourgeois» ayant comme conséquence d’attirer les «populations aisées, voire très riches».

Un Perpignanais, qui a préféré rester anonyme, reconnait le pouvoir politique des Roms, mais n’est pas du même avis. D’après lui,  les Roms croient faussement que «ces manœuvres de la ville visent leur dispersion dans ce relogement, pour les affaiblir politiquement».

L’agitation des habitants a mis en pause le projet. La menace de devoir migrer «vers les marges et les zones périurbaines, moins sécurisées, et plus dénuées en services collectifs» est réelle soutient M.Olive.

L’Agence Nationale pour la rénovation urbaine, finançant 24% du projet et régissant la loi de relogement des projet de rénovation urbaine, ne s’est pas prononcé sur les enjeux et a dirigé le magazine vers le maire qui n’a pas voulu commenter.

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