Mouvement souverainiste vagabond

mercredi 6 mars 2019 4:19

Si la question indépendantiste persiste depuis maintes années dans la tête des Québécois, cet engouement pour une émancipation imminente module fréquemment.

Éloïse Longval-Labbé


Un Québec souverain, voilà le grand rêve de nombreux Québécois. Le discours autour de ce débat divise cependant le peuple et la popularité du mouvement souverainiste varie selon l’époque étudiée.  D’après l’ex-député péquiste Jean-Martin Aussant, cette dernière affirmation doit toutefois être prise avec un certain bémol.

L’économiste indépendantiste affirme que la volonté de devenir un pays «est au même niveau» qu’elle a toujours été. «Les gens pensent que ça courait dans les rues à l’approche du référendum de 95. Pas du tout, lance l’ancien chef d’Option nationale. Les appuis actuels sont très comparables à ceux [de] 1995».

Le changement perpétuel du niveau de popularité de la quête d’indépendance s’expliquerait par l’histoire du Québec. La première vague souverainiste remonte aux années 70, menant au référendum de 1980. La seconde survient à la fin des années 80 conduisant à celui de 1995, relate le professeur en histoire à l’Université du Québec à Montréal (UQAM), Martin Petitclerc. Il explique que cette époque représente un épisode où les gens contestent et revendiquent énormément, que ce soit pour les luttes féministes, syndicales ou constitutionnelles. Ces mouvements sociaux ont été propices au projet d’indépendance.

À la suite des dernières élections provinciales, les deux experts s’entendent sur le fait qu’on assiste à un certain désabusement par rapport à ce projet d’indépendance, du moins pour les citoyens ayant vécu l’échec référendaire de 1995. Pour les millénariaux n’ayant pas assisté à cet évènement historique, les enjeux s’avèrent différents. «La plupart des jeunes d’aujourd’hui se sentent québécois et ne se définissent pas comme canadiens, précise Martin Petitclerc. Transposer cette identité québécoise en projet de souveraineté semble un peu plus difficile à réaliser, notamment parce que le projet de souveraineté n’a jamais pu se recréer sur de nouvelles bases».

M. Aussant ne s’en cache pas; le défi pour les leaders politiques indépendantistes est de ramener les arguments souverainistes aux dossiers de l’heure. «On donne des milliards de dollars pour extraire des sables bitumineux au lieu d’investir dans nos énergies vertes, on se retire de Kyoto sans avoir un mot à dire, on se fait imposer des pipelines sur notre territoire. Tous les éléments d’actualité portent à croire qu’on serait mieux souverain, c’est donc ça qu’il faut rallumer chez les gens», exhorte-t-il.

Certains jeunes tentent d’attiser cette flamme au sein de leur entourage, explique l’étudiante de 19 ans, Maoly Vincent, qui s’est impliquée auprès du Bloc québécois et du Parti québécois. Elle ne croit pas que le projet soit mort, tant que les Québécois s’informent sur l’enjeu référendaire. «Le plus grand problème pour moi, c’est la désinformation. Il faut renouveler les études et en parler autour de soi», précise-t-elle.

La souveraineté se décline en trois aspects: voter ses lois, gérer ses impôts et signer soi-même ses traités internationaux, d’après l’économiste Jean-Martin Aussant. «Ce qui est drôle au Québec, c’est que lorsqu’on [pose] séparément aux gens ces trois questions, ils répondent tous oui. Quand on met les trois ensemble, ça donne 49 et demi, ajoute-t-il. Il y a l’élément de peur qui revient tout le temps.»

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