#Moiaussi: Un an plus tard

mercredi 6 mars 2019 4:50

Retour sur le mouvement #Moiaussi, un an après la vague de dénonciation.

Mathilde Rivard


Le mouvement #Moiaussi a mis en lumière le fléau d’agressions sexuelles demeuré tabou en occident, encourageant les victimes à dénoncer, l’entourage à écouter et la société à trouver des solutions au problème.

«L’agression sexuelle est avant tout un acte de domination et de pouvoir, indique Vanessa Fortin, une intervenante communautaire chez Assaut sexuel secours, un centre d’aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel. Un agresseur cherche à combler un besoin de contrôle sur quelqu’un qui, la majorité du temps, est beaucoup plus vulnérable que lui.»

Assaut sexuel secours croit qu’il y a plus d’agresseurs hommes que femmes en raison de la société patriarcale qui «amène les hommes à adopter des attitudes de domination, et les femmes, des attitudes de soumission», en plus d’une «compréhension faussée de la sexualité féminine». Les comportements sexuels répréhensibles ne seraient donc pas uniquement dus au statut social, mais aussi aux attitudes qui découlent de la socialisation.

Le criminologue spécialisé dans le domaine carcéral, Pierre Couture, croit pour sa part que c’est aussi une question de santé mentale. «[Les prédateurs sexuels] ont de la misère à contrôler leur libido, explique-t-il. Elle contrôle leur vie, alors ils fonctionnent par instinct et, souvent, ils n’ont pas connu de modèle social suffisamment fort pour les empêcher de passer à l’acte.»

Les mentalités changent, mais pas celles des agresseurs

Une intervenante de la Maison ISA, un centre d’aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel (CALACS), rapporte que l’organisme a constaté une augmentation de demandes d’aide de 29% au cours de l’année dernière. «Il y a beaucoup de personnes qui nous ont appelés pour aller donner de l’information dans leur milieu, afin de mieux comprendre les personnes qui ont vécu des agressions à caractère sexuel, explique-t-elle. C’est certain que [le mouvement] a eu un impact autant auprès de la population qu’auprès des victimes.»

Toutefois, Pierre Couture pense que #Moiaussi n’atténuera pas les envies des agresseurs. «Ce sont des personnes qui ne sentent pas leurs sentiments. Autrement dit, ils n’auront pas de remords dans ce qu’ils font. Je ne crois pas qu’on puisse combler toutes leurs lacunes par une campagne comme celle-là, surtout qu’en thérapie ces gens-là ne répondent pas toujours très bien», explique-t-il, précisant que les risques de récidive sont assez élevés.

Le regroupement québécois des CALACS rappelle, sur son site Internet, que 96.8 % des agresseurs sont des hommes et qu’une femme sur trois subira une agression sexuelle après l’âge de 16 ans. 42 % des femmes attendraient l’âge de 13 ans avant de demander de l’aide en raison de la honte, la culpabilité ou la peur.

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