La dégringolade du cinéma roumain

mercredi 6 mars 2019 5:08

Alors que l’espoir habitait les visages à la chute du régime communiste en Roumanie en 1989, peu s’attendaient au déclin de leur divertissement favori.

Maïka Yargeau


Désormais quasi vestige d’une ère révolue, le cinéma était autrefois un lieu rassembleur. Toutefois, un manque d’appui financier de l’État roumain, ainsi que de nouveaux divertissements ont fait du septième art le mal-aimé du pays.

«Les samedis et les dimanches, pratiquement tous les jeunes allaient au cinéma, c’était sans doute une des activités les plus appréciées et accessibles», explique celle qui a vécu 25 ans en Roumanie, Gabriela Cristé. Elle allait au cinéma presque toutes les semaines avant la chute de Nicolae Ceausescu, qui était alors le chef d’État depuis près de d’un quart de siècle. Après que Ceausescu ait été condamné et fusillé en 1989, Gabriela, qui réside désormais à Gatineau, affirme qu’elle n’a pas souvenir d’avoir visionné un film roumain entre 1990 et son départ en 1994.

L’étudiant en cinéma au collège Vanier, Alexandru Ionut Oancia, a quant à lui vécu en Roumanie de 1999 à 2008, soit après la fin du régime communiste, et n’a pas vécu la même expérience que Gabriela. Le jeune Roumain dit être allé au cinéma que trois ou quatre fois.

La chute du communisme a eu bien des impacts, dont celui d’arrêter le financement du cinéma. Celui-ci pouvait dorénavant être autre chose «qu’un porte-voix du discours officiel», comme le souligne le professeur du septième art au collège Lionel-Groulx, Olivier Granger. Le divertissement était jusqu’alors un moyen de propagande pour Ceausescu qui censurait toutes les pensées opposées aux siennes.

En 1991, une régie autonome nommée RADEF est créée afin de gérer les quelques 600 salles de cinéma du pays. À ce jour, elle ne détient plus qu’une centaine de propriétés dont moins d’une vingtaine toujours établies comme cinéma, selon La Croix, un quotidien français. Le reste a été vendu ou loué à des particuliers qui les ont très souvent remaniées en restaurants, supermarchés ou entrepôts. Quelques rares dévoués du cinéma ont conservé l’utilité première de leur bâtiment.

 

Aujourd’hui, il ne reste que 26 villes au pays avec au moins un cinéma, alors qu’il y en avait près du triple sous le régime communiste de Ceausescu. Les nouveaux divertissements sont aussi coupables de la détérioration du septième art roumain.

M. Granger soulève que le cinéma a plusieurs batailles à mener pour survivre comme celle contre les jeux vidéo et l’instantanéité des médias sociaux. «Le cinéma ne reviendra pas ce qu’il a déjà été, c’est-à-dire un art qui est capable d’être à la fois audacieux et rassembleur : un cinéma qui est accessible à tous, mais qui amène aussi ailleurs», ajoute l’enseignant. Il garde espoir à l’éveil d’une nouvelle vague avec des réalisateurs tel que Mungiu et Puiu qui se rendent fréquemment à Cannes et qui font découvrir le cinéma de leur patrie à l’extérieur des frontières.

Gabriela mentionne avoir inconditionnellement confiance en l’esprit créateur propre aux artistes qui cherchent continuellement à se remettre en question. Olivier Granger, quant à lui, pense que le cinéma s’adresse peut-être à un public moins grand, mais qu’il n’est pas pour autant fini et encore moins mort.

 

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