L’effervescente popularité du rap

mercredi 6 mars 2019 5:11

Bien que le rap se réinvente perpétuellement et domine l’industrie de la musique populaire, certains se demandent si sa notoriété n’est pas sur le point de s’estomper.

Adèle Michaud


«Les médias et le public ne font que commencer à comprendre l’ampleur et l’importance du mouvement hip-hop et du rap», souligne Samuel Daigle-Garneau, chef de pupitre d’HHQc.com, une plate-forme médiatique d’actualité sur le hip-hop. Pendant que le rap prend une place grandissante auprès de son public, les statistiques actuelles laissent croire que les ventes ne sont pas près de décroître.

Le rap véhicule un message direct et extrêmement imagé qui touche l’auditoire par son énergie et son propos. «Tous les genres ont une résonance politique ou économique de leur temps. Dans le rap, la parole et les mots sont centriques et le choix de ceux-ci est souvent fort au niveau connotatif», explique le musicologue et professeur du département de musique de l’UQAM, Danick Trottier. Que ce soit avec le rap plus violent d’Eminem ou le rap lucide et lyrique de Kendrick Lamar, l’auditoire a droit à un message vibrant.  

«Un genre musical passe habituellement par deux générations, qui durent respectivement de 15 à 20 ans», affirme Danick Trottier. Ce dernier souligne que nous serions actuellement dans la deuxième génération du mouvement. Dans 10 ans, le rap pourrait connaître une baisse de popularité et devenir plus niché. M. Trottier précise toutefois que ce n’est pas quelque chose que les experts peuvent prédire.

Le rap reste un style musical particulièrement populaire en Occident. Selon le palmarès de ventes d’albums français de 2017, 108 des 200 morceaux les plus populaires ce cette année-là appartenaient à la catégorie hip-hop. Outre les statistiques, l’impact du hip-hop s’observe par ce que M. Trottier nomme la contamination des genres, notamment par le featuring. Indépendamment de leur genre, d’innombrables succès comportent la participation d’un rappeur connu. Le rap déteint donc sur une foule d’œuvres qui ne sont pas à priori hip-hop.

Comment expliquer sa popularité

Selon l’administrateur d’HHQc.com Samuel Daigle-Garneau, la démocratisation et la popularité grandissante du rap sont en partie dues à l’arrivée des médias sociaux. Ceux-ci facilitent la promotion de l’industrie musicale et donnent aux artistes de tous genres l’opportunité de connecter avec leur public. M. Daigle-Garneau soutient que même si ce style de musique est souvent associé à un public de 10 à 24 ans, le rap touche également d’autres tranches d’âge. Les statistiques de sa plate-forme montrent l’intérêt d’un public quadragénaire.

«C’est une musique jeune, mais c’est parce qu’elle est actuelle. Un hip-hop plus poétique plaît aussi à un public plus vieux», confie le jeune rappeur québécois, Kirouac. Selon lui, la popularité du rap s’estompera un jour, tout comme les autres courants qui ont dominé auparavant. «Au Québec, on n’a pas encore atteint le zénith de la popularité du hip-hop. On sait qu’on s’en va dans la bonne direction, pas besoin de craindre sa mort», lance l’artiste de la relève. Impossible de prédire l’avenir du mode d’expression qu’est le rap, mais une chose est certaine, il n’a pas fini d’évoluer.

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