Les Jeux de la démesure

jeudi 7 mars 2019 3:03

Les dépassements de coûts sont quasi systématiques lors des grandes compétitions comme les Jeux olympiques et la Coupe du monde.

Jacob McMullen


Pour chaque événement sportif de grande envergure, plusieurs nations tentent de se démarquer pour accueillir le prochain prestigieux spectacle. L’engouement pour ce genre de compétition n’est pourtant qu’éphémère et entraîne des dépenses qui font souvent mal à la nation hôte.

Lors de grandes compétitions, un pays est projeté sur la scène internationale en envoyant comme message au reste du monde qu’il a atteint une maturité économique et qu’il a les moyens d’accueillir un gros événement.

«L’idée principale est de promouvoir l’image de la ville et du pays à travers le sport, mais pour en faire par la suite bénéficier l’économie par les infrastructures et aussi par la réputation améliorée en cas de succès pour l’événement», explique le professeur de géopolitique du sport à l’Université du Québec à Montréal (UQAM), Yann Roche. Lors de la mise en candidature, le coût du projet est généralement sous-estimé par la ville en question.

Contrairement à la croyance populaire, les grandes compétitions sportives comme la Coupe du monde de la FIFA et les Jeux olympiques ne sont pas toujours un gouffre financier pour la ville et le pays hôte. «Les Jeux de Los Angeles en 1984 [financés entièrement par le privé] ont prouvé que cela pouvait rapporter, puis ceux de 1992 [Barcelone] ont été des jeux organisés pour le profit et pour activer des transformations en matière d’aménagement», précise Yann Roche. Il mentionne également les Jeux d’Atlanta en 1996, majoritairement financés par Coca Cola et CNN, qui ont été un franc succès.

Les coûts exorbitants de ces compétitions augmentent de façon exponentielle d’année en année. Les Jeux d’Athènes en 2004, une catastrophe financière selon M. Roche, ont coûté 9 milliards d’euros et ceux de Sotchi ont coûté 37 milliards. Ces dépenses excessives ont créé une série de problèmes en matière de rentabilité et de durabilité. «Ces difficultés ont amené beaucoup de villes à se désister dans leur mise en candidature, voir même refuser qu’on leur offre d’accueillir des jeux», explique le professeur d’urbanisme à l’UQAM, Sylvain Lefebvre. Yann Roche, quant à lui, constate que «les pays plus totalitaires ont tendance à devenir dominants dans les mises en candidature, les démocraties faisant de plus en plus face à des contestations populaires».

Un engouement qui ne dure pas

D’après M. Roche, c’est en partie la surmédiatisation qui fait que l’engouement autour de ces événements ne dure pas. «L’événement est en général tellement médiatisé que l’attention des gens finit par s’user et une fois que c’est fini, les gens sont heureux de passer à autre chose.» Le même phénomène survient lorsqu’il y a des incidents plus sérieux comme des drames humains ou des attentats par exemple.

L’enthousiasme éphémère est entre autres dû au fait que «cela fait ressortir un sentiment de fierté collective, mais une fois les Jeux terminés, la réalité rattrape très très vite», explique le professeur Sylvain Lefebvre, en faisant référence aux scandales de corruption et aux dépassements de coûts qui sont communs dans ce milieu. Il pointe également du doigt les stades laissés à l’abandon comme celui de Manaus, lors de la Coupe du monde au Brésil, construit en plein milieu de l’Amazonie. La question de la permanence des infrastructures se pose alors de plus en plus.

Changement de mentalité

Les villes font face à des difficultés grandissantes pour accueillir ce type de compétition sous leur forme actuelle sachant que l’engouement international n’est plus le même qu’il y trois, voire même deux décennies.

Un changement de mentalité s’opère tranquillement afin de réduire les coûts des infrastructures sachant que celles-ci représentent les principales dépenses pour la ville hôte. Selon Sylvain Lefebvre, faire des Jeux plus modestes, en ayant recours à des infrastructures comme des stades qui peuvent être reconvertis ou partiellement démolis, est une approche de plus en plus populaire.

«La solution idéale serait d’avoir un emplacement centralisé où les Jeux pourraient se tenir tous les quatre ans», pense le professeur d’économie au Cégep de Sept-Îles et secrétaire de l’Association des enseignantes et enseignants en économique des cégeps du Québec (AEEECQ), Jacques-René Giguère. Il serait cependant quasi impossible que la communauté internationale arrive à un consensus pour l’emplacement de ceux-ci.

L’idée de stade éphémère peut sembler bonne, mais ne consiste pas une solution viable, d’après Yann Roche. Il ajoute que l’application des principes de durabilité de la FIFA et du Comité international olympique (CIO) doit être plus stricte. «Le Comité international olympique s’est depuis lors muni de règles de “durabilité”, demandant l’existence préalable d’infrastructures, la réutilisation des installations et une halte à la démesure. Officiellement, c’est accepté, mais la mise en application de ces règles de gouvernance n’est pas si clairement respectée.»

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