Le bonheur dans l’excès

jeudi 7 mars 2019 3:04

Certains êtres humains ont besoin de sensations fortes pour être heureux. Certains iront même jusqu’à infliger un énorme choc à leur corps pour ressentir ce sentiment.

Rose Charette


Le désir de toujours vouloir surpasser ses limites est souvent une quête recherchée par plusieurs individus pour se sentir heureux. Les sports extrêmes deviennent même un moyen de faire face à la mort pour atteindre une certaine satisfaction.

Les gens qui pratiquent régulièrement les sports extrêmes sont souvent considérés comme étant plus heureux que la moyenne. «Après une activité physique, le corps va sécréter de l’endorphine, ce qui va permettre de diminuer dans la plupart des cas, le stress», affirme le professeur de sociologie au Cégep de Granby, Pierre-Philippe Lefebvre. En effet, ce bien-être ne proviendrait pas seulement de la diminution du stress. Selon le professeur au département des sciences de l’activité physique de l’UQAM, Antony Karelis, l’atteinte du bonheur en pratiquant ce type de sport «est lié à une dépendance que le corps a besoin de satisfaire pour être heureux».

Âgée de 21 ans et adepte de sports extrêmes depuis l’âge de 15 ans, Janik Dubois-Riendeau indique qu’après avoir sauté en parachute ou en bungee, elle se sent toujours très détendue et ne ressent aucun stress. «Je trouve l’expérience vraiment “tripante”.»

Ce phénomène s’explique de plusieurs façons. Pierre-Philippe Lefebvre explique que, pour la plupart des gens qui s’adonnent à ce type de sports, «il s’agit de réaliser un accomplissement, permettant d’acquérir une meilleure estime de soi». C’est le cas de Janik qui confirme qu’après avoir pratiqué ce genre d’activités sportives, elle se sent vraiment fière parce qu’elle a le sentiment de s’être accomplie.

L’excessif désir d’aller toujours plus loin

«C’est souvent lorsqu’un individu va dans l’excès qu’il prend conscience de son corps», explique M. Lefebvre. Les sports extrêmes lui permettent d’avoir le sentiment d’être en vie, puisque tout son corps est stimulé et en état d’alerte pendant quelques secondes. Selon lui, les amateurs de sports extrêmes ont besoin de cette perte de contrôle pour se sentir vivant et dans leur élément. «La réaction du corps lors de sports extrêmes peut être comparable à la réaction qu’a le corps lors d’un accident de voiture», illustre-t-il.

La dépendance que certains développent envers ces sports fait partie des théories abordées par Antony Karelis. «Lorsqu’une personne est dans une situation extrême, le corps sécrète plusieurs hormones de stress, dont la dopamine, qui est surproduite dans ce genre de situation. C’est ce qui fait en sorte qu’ils ont besoin de faire ces sports extrêmes.», déclare-t-il. Selon lui, cette forte attirance qu’ont certaines personnes envers ces sports équivaut n’importe quelle dépendance.

Il ajoute que «c’est comparable aux jeux d’argent où on en veut toujours plus» affirme-t-il. Cela expliquerait pourquoi les adeptes des sports extrêmes veulent surpasser leurs limites en essayant toujours d’avoir de plus fortes sensations. «Leur niveau de dopamine est tellement élevé qu’il faut le satisfaire, alors les adeptes de sports extrêmes vont devoir infliger un choc à leur corps pour diminuer leur niveau d’hormones», explique Antony Karelis. Les chercheurs se penchent d’ailleurs sur l’option que cette dépendance puisse être en fait une sorte de maladie mentale.

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