Les jeunes ex-athlètes délaissés dans leur deuil

jeudi 7 mars 2019 3:16

Plusieurs athlètes prometteurs sont contraints de prendre leur retraite avant d’atteindre le niveau professionnel et ne peuvent pas compter sur le soutien espéré.

Félix Desjardins


«Je n’ai ni pensé ou joué au baseball pendant une vingtaine d’années» : à l’instar de nombreux jeunes prodiges sportifs qui ont vu leur carrière être écourtée par une blessure sérieuse, Vincent Cusson garde un souvenir amer de sa carrière de lanceur.

Représentant de l’Unifolié au Championnat du monde junior en 1993, Vincent Cusson avait toutes les chances de percer les rangs professionnels. Sa balle rapide atteignait presque 90 mph à seulement 17 ans, tandis que la moyenne des lanceurs professionnels oscille autour de 93 mph. Amoureux de l’odeur du gazon fraîchement coupé, il passait près de 45 heures par semaine sur les terrains et visait les Jeux olympiques d’Atlanta de 1994. Le Québécois a pourtant vu son rêve s’envoler en fumée lorsqu’une rupture de la coiffe des rotateurs, un groupe de muscles dans l’épaule, l’a contraint à prendre sa retraite abruptement quelques mois après avoir atteint la majorité.

Combler un vide

L’arrêt soudain d’une carrière sportive a des répercussions indéniables sur la santé physique et mentale. Selon le docteur en psychologie du sport, Sylvain Guimond, les sportifs développent une dépendance à la dopamine. «C’est difficile de vivre sans. Tu sens une baisse d’énergie, une léthargie», affirme-t-il.

Les nouveaux retraités ont souvent beaucoup de temps entre leurs mains. Un retour aux études est ardu, puisqu’un changement de routine important doit s’opérer dans leur vie. «S’ils n’ont pas d’autres projets ou rêves, ils peuvent se retrouver en dépression», explique Dr Guimond, en précisant que le risque est trois fois plus élevé chez les athlètes que pour le reste de la population.

Un manque de support

N’étant pas encore membre d’une équipe professionnelle au moment de son retrait, Vincent Cusson n’a pas eu accès à des ressources adéquates pour outrepasser sa blessure. 25 ans plus tard, de meilleures mesures devraient avoir été mises en place pour assurer une transition sans tumulte vers la vie après le sport. Selon le thérapeute sportif des Citadins de l’UQAM, Karl Falardeau, ce n’est pas le cas. En effet, le programme d’excellence des Citadins n’offre pas de suivi aux nouveaux retraités. «Peu de soutien peut être apporté. C’est dur à gérer, ils doivent aller chercher de l’aide extérieure», affirme-t-il.

Le remède de Vincent Cusson a été de se consacrer à son autre sport de prédilection : le hockey. Un passage en Suisse, où il a joué au niveau semi-professionnel, lui a permis de faire son deuil. «Le hockey m’a permis de faire un pont vers la vie d’adulte sans avoir un gros down, je ne sais pas ce que j’aurais fait si je n’avais pas eu cette chance», dit-il, reconnaissant.

Cet ex-virtuose ne lance peut-être plus comme avant, mais ne craint plus le monticule : à 43 ans, il entraîne maintenant ses enfants, adeptes de la balle, lui remémorant peu à peu son amour profond pour le baseball.

Leave a reply

required

required

optional