Le prince saoudien impliqué : relations internationales perturbées

jeudi 7 mars 2019 5:07

Les détails autour de l’affaire Khashoggi se multiplient, au point d’engendrer une situation de plus en plus complexe en ce qui concerne les relations internationales.  

Mayssa Ferah


Les échos du sordide assassinat de Jamal Khashoggi, journaliste saoudien collaborateur du Washington Post, au moment de son séjour en Turquie ont retenti jusqu’en Amérique du Nord, sombre rappel que la liberté de presse demeure un privilège facile à déstabiliser.  

Il existe un lien tangible entre le vice-premier ministre d’Arabie saoudite Mohammed ben Salmane (MBS) et ce crime, ce qui suscite un grand nombre de réflexions quant au dilemme éthique que représente le partenariat entre les démocraties occidentales et le royaume du pétrole.  

Les alliances entre les pays occidentaux et la famille royale saoudienne sont d’abord et avant tout chapeautées par des intérêts économiques. Dans le cas des relations américano-saoudiennes, «les États-Unis ont tous les outils en main pour commander: l’économie saoudienne dépend du pétrole et reste peu diversifiée malgré les efforts de MBS», a déclaré au New York Times l’historienne spécialiste de l’industrie énergétique et de la présence occidentale au Moyen-Orient, Ellen R. Ward.

Les pays occidentaux voient en Mohammed ben Salmane une jeune tête couronnée incarnant le changement et la modernisation, et ce, malgré ses politiques répressives limitant la liberté d’expression, le non-respect des droits de la personne, son jeu politique visant à piéger le Qatar ainsi que l’extrême violence de la guerre au Yémen qu’il chapeaute. Les dirigeants saoudiens, quant à eux, ont beaucoup d’investissements et leur économie est étroitement liée aux industries américaines : il serait donc obsolète d’envenimer les relations.

 

Quelle issue pour le prince héritier?

Selon le fondateur et coordonnateur du Groupement interuniversitaire pour l’histoire des relations internationales contemporaines, Samir Saul, il serait surprenant que les pays occidentaux changent de politique à l’égard du pays. L’Arabie saoudite est importante «pour les trois raisons suivantes : le pétrole, les pétrodollars et l’idéologie wahhabite». Le wahhabisme, explique-t-il, est l’une des principales sources du djihadisme, ce qui interpelle les pays de l’Ouest dans l’optique où leur politique à l’égard du Moyen-Orient est interventionniste. «Il faut comprendre que les djihadistes sont les combattants dans les guerres par procuration qu’ont menées les puissances occidentales en Afghanistan, en Libye, en Syrie et ailleurs», poursuit M. Saul.  

Il est sans équivoque : l’incrimination éventuelle de MBS serait plutôt improbable. Celle-ci impliquerait un bouleversement dans les structures du pouvoir saoudien. Il soutient par contre que «l’agence de renseignement américaine (CIA) pourrait utiliser les informations et les preuves recueillies au sujet de la culpabilité du prince contre Trump dans le cadre de la lutte pour le pouvoir qui fait rage aux États-Unis, car l’actuel président américain est associé à MBS et la CIA aux adversaires de Donald Trump».

Le reporteur diplomatique Colum Lynch rappelait d’ailleurs dans le magazine Foreign Policy en janvier 2019 que «le Conseil de Sécurité de l’ONU, qui a le pouvoir d’établir une enquête sérieuse, n’a pas tenu une seule rencontre sur le sujet jusqu’à présent».

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