La peur du gouffre

lundi 11 mars 2019 7:42

Après plus de 10 ans de croissance économique, plusieurs experts redoutent un cycle qui toucherait à sa fin.

Thomas Brousseau


La crise des subprimes (prêts à haut risque) de 2008 a été le théâtre d’une des plus importantes débâcles économiques depuis le krach de 1929. En reprise depuis, l’économie mondiale bat son plein et des records de croissance ont été établis. Pourtant, si l’on tend l’oreille, des rumeurs d’une crise financière mondiale à venir circulent aux quatre coins du globe.

Les experts s’entendent pour dire qu’on assistera prochainement à une certaine forme de crise économique, mais celle-ci ne sera pas pour demain ni d’une envergure comparable à 2008. Il est important de faire la distinction entre une simple récession et une véritable «crise» financière. Si une récession cyclique pointe son nez dans les prochaines années, rien n’indique qu’une crise économique sévira.

«Une correction boursière ne serait pas surprenante. Mais une crise financière qui ressemble à 2008 ou à 1929, [même si] je n’irais pas jusqu’à dire probabilité zéro, c’est très peu vraisemblable», affirme le professeur au Département de finance de l’UQAM et ex-directeur de la Caisse de dépôt et placement du Québec, Richard Guay.

«Aux États-Unis, on a un niveau d’emploi record, un taux d’inflation modéré, une croissance du PIB encore forte et les écarts de crédit sont bons. Tout indique qu’il y aura un prolongement du cycle économique en 2019», a rassuré l’économiste du groupe financier Industrielle Alliance, Clément Gignac, dans une émission disponible en baladodiffusion où il étalait ses prévisions pour l’année 2019. Selon lui, les chances d’un repli en 2019 sont minces, mais des facteurs de risque pouvant précipiter une récession s’installent tranquillement dans la sphère économique.

«On sort d’une période où les politiques monétaires étaient extrêmement expansionnistes et où l’on a ramené les taux à zéro. Juste pour normaliser les taux d’intérêt, il faudrait carrément les doubler, ce qui veut dire que plusieurs personnes ne seront plus en mesure d’assumer leurs paiements», explique le gestionnaire de portefeuilles et conseiller en placement pour la firme Valeurs mobilières Desjardins, John Viron.

Depuis la crise de 2008, les banques centrales à travers le monde ont fixé des taux d’intérêt anormalement bas pour relancer l’économie. Les banques ne peuvent toutefois pas prêter indéfiniment à des taux nuls. Elles se doivent d’aller chercher des revenus pour assumer leur risque. «Ce qui va causer la prochaine récession, c’est fort probablement cette hausse de taux des banques centrales qui est inévitable, lorsqu’une inflation plus élevée fera son apparition dans le système et qui devrait sévir statistiquement entre 2020 et 2021», ajoute-t-il.

Tensions internationales et politiques protectionnistes
«Depuis les trente dernières années, une grande partie de la croissance économique mondiale est due à l’essor du libre-échange. Les tendances protectionnistes qu’on voit monter en popularité ces dernières années feraient inévitablement frein à cette croissance», explique le professeur du Département des sciences économiques de l’UQAM, Douglas-James Hodgson.

Par le fait même, des événements comme le Brexit ou encore la guerre commerciale que se livrent les États-Unis et la Chine font état d’une grande source d’inquiétude dans les marchés financiers. «Ce sont les deux plus grandes puissances économiques de la planète. Si elles venaient à fermer leurs frontières ou que le commerce se retrouvait suffisamment entravé, les conséquences seraient désastreuses à l’échelle planétaire», affirme le professeur à l’UQAM, Richard Guay. Une entente entre les deux nations semble toutefois se dessiner, mais il faudra attendre sa conclusion pour calmer les incertitudes des marchés.


Volatilité des marchés: doit-on s’inquiéter?
Alimentée par les tensions commerciales internationales, l’arrêt des activités gouvernementales aux États-Unis et le Brexit, l’année boursière 2018 a été anormalement volatile d’après les données de la financière JPMorgan Chase & Co.

Cette volatilité s’explique par le fait que les mauvaises nouvelles sont régulièrement interprétées avec trop de pessimisme et vice-versa pour les bonnes. Les investisseurs ayant pris froid avant les vacances de Noël, les indices vedettes de Wall Street (Dow Jones, NASDAQ et S&P 500) ont plongé de près de 20% durant le mois de décembre. Dans les faits, l’économie n’allait pas mal et l’on a observé une forte consommation chez les particuliers. Les craintes des investisseurs étaient exagérées, comme la plupart du temps, puisqu’un mois plus tard, les marchés étaient de retour à la normale.

«À court terme, c’est beaucoup plus un baromètre de la peur ou de l’avarice [humaine]. En décembre dernier, on a assisté à une correction boursière fortement à la baisse et pourtant, deux semaines plus tard, on a repris plus de la moitié de la baisse. La bourse, c’est la seule business de la planète où quand quelque chose est en rabais, personne n’en veut et quand quelque chose double de prix, tout le monde en veut», indique le conseiller en placement, M. Viron.

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