Un «Tchexit» impopulaire

lundi 11 mars 2019 8:08

Depuis le rejet du gouvernement à l’appel au référendum sur l’adhésion de la République tchèque à l’UE et à l’OTAN, en 2016, des rumeurs planent sur l’éventualité d’un «Tchexit».

Maria Dima Hannouche


Spéculations et rumeurs circulent autour d’une possible sortie de la République tchèque de l’Union européenne : en 2017, ce sont trois partis politiques en accord avec un retrait qui ont été élus au parlement. Même si ce pays semble devenir le nouveau terrain de jeu des eurosceptiques, des politologues ne croient pas en l’aboutissement d’un scénario de «Tchexit».

Nonobstant une insatisfaction présente chez un bon nombre de citoyens tchèques quant à la situation économique de leur pays qui croule sous la dette, la majorité de la population tchèque n’aurait pas l’intention de claquer la porte à l’Union européenne (UE), selon le professeur en science politique à l’Université de Toronto, Paul Robert Magocsi.

«Mon impression est qu’il existe probablement un grand nombre [de personnes] à l’intérieur de la République tchèque qui sont insatisfaits de la situation économique de leur pays et que ce mécontentement pourrait se traduire en un désir rhétorique de quitter l’Union européenne. Mais je ne crois aucunement que c’est le cas de la majorité de la population», affirme M. Magocsi.

Selon le Prague Business Journal, plusieurs économistes croient qu’un «Tchexit» serait un pas dans la mauvaise direction. L’économiste en chef du groupe bancaire UniCredit, Pavel Sobisek, souligne que le «Tchexit» serait un suicide économique pour la République tchèque. La sortie provoquerait «la délocalisation de la capacité de production de l’industrie manufacturière hors de la République tchèque et la perte de centaines de milliers d’emplois», a-t-il avancé au journal tchèque.

«Il est très difficile d’imaginer quel avantage un tel exit amènerait à la République tchèque et je pense qu’à ce stade, ce n’est que de la spéculation. Juste parce qu’il y a des discussions, des reportages, ça ne signifie pas que la majorité de la population voterait, même si un référendum avait lieu», croit M. Magocsi.

 

Anti-immigration ou anti-UE?

Le professeur associé en science politique à l’Université Concordia, Axel Huelsemeyer, avance que le peuple tchèque ne désire pas quitter l’UE: ce à quoi la population s’opposerait davantage serait la politique de distribution migratoire présentée par la Commission européenne, plutôt que l’institution européenne en elle-même.

«L’opinion publique de la République tchèque tend à être relativement réticente à l’UE. Et cela n’a pas à voir avec l’UE en elle-même, mais avec la migration. La raison est que la Commission européenne a tenté de distribuer les migrants parmi les États membres parce que la plupart d’entre eux vont en Italie ou en Grèce. La République tchèque, parmi d’autres pays, s’y oppose», explique M. Huelsemeyer.

Le politologue de l’Université Concordia met au clair qu’en réponse à cette politique migratoire, le gouvernement tchèque cherche à créer une coalition au Parlement européen pour en empêcher l’adoption et l’application.

«L’actuel premier ministre Andrej Babiš de même que le président réélu de la République tchèque Miloš Zeman sont très critiques de l’aspect migratoire, plutôt qu’anti-UE. Ce que le premier ministre fait, c’est évoquer la vision d’une sorte de coalition électorale [anti-immigration] avec le Rassemblement national en France, les Pays-Bas et la Pologne», clarifie M. Huelsemeyer.

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