Bilingue à temps partiel

lundi 11 mars 2019 8:46

Le Nouveau-Brunswick est depuis 1968 la seule province canadienne reconnue bilingue, ainsi dans les institutions du gouvernement provincial le français et l’anglais doivent être perçus de façon égale.

Éliane Tremblay-Moreau


La question de la dualité linguistique au Nouveau-Brunswick a fait beaucoup réagir lors de l’élection d’un gouvernement conservateur «francophobe» en septembre dernier, puisque le chef ne parle pas couramment la langue de Molière, inquiétant du même coup les francophones canadiens pour l’avenir de leur langue.

Le premier ministre néo-brunswickois actuel, Blaine Higgs, a affirmé en 1985 vouloir une province unilingue anglophone, selon un document destiné au Comité consultatif sur les langues officielles du Nouveau-Brunswick. À la suite de son élection le 24 septembre dernier, il s’est expliqué en disant que sa vision avait changé. Il a ajouté qu’il se sentait «menacé» par les francophones à l’époque.

La province détient depuis 2002 une Loi sur les langues officielles (LLO) permettant d’offrir aux Néo-brunswickois des services publics dans la langue qui leur convient. Pour s’assurer que les deux langues soient promues, le Commissariat aux langues officielles du Nouveau-Brunswick, mis sur pied à la suite de l’instauration de la LLO, reçoit les plaintes transmises par le public et mène des enquêtes lorsque la loi n’est pas respectée.

Le Nord de la province, c’est-à-dire le Madawaska, le Restigouche et la Péninsule acadienne, sont des régions «fortement francophones», tout comme le comté de Kent sur la côte est, précise le directeur des communications à la Fédération des communautés francophones et acadienne du Canada (FCFA), Serge Quinty.

La région de Moncton-Dieppe compte également une proportion «très importante» de francophones. «Dans les régions plus anglophones de Miramichi, Fredericton et Saint-Jean, les francophones y sont plutôt minoritaires», soutient-il.

«Il y a des communautés francophones dans chaque province [canadienne] et ces dernières sont enracinées depuis des siècles», selon le directeur des communications de la FCFA.  

Contrairement à la croyance populaire, les communautés francophones n’ont pas de difficulté à survivre. «Grâce à la Charte canadienne des droits et libertés, des écoles de langue française existent dans toutes les provinces et tous les territoires», explique M. Quinty.

 

D’un océan à l’autre

Il semblerait qu’il est plus facile de vivre dans la langue de Vigneault aujourd’hui qu’il y a quelques décennies. Selon ce que dénombre la FCFA, il y a plus de 700 écoles primaires et secondaires de langue française à l’extérieur du Québec, 21 collèges et universités francophones ou bilingues, plus de 100 centres communautaires et culturels, des cliniques et hôpitaux de langue française et bilingue.

«Le français n’est pas en combat pour survivre, [mais] en transformation, explique M. Quinty. Les communautés urbaines sont en croissance, puisque les jeunes et les immigrants décident de s’y installer.»

L’avenir de la langue s’annonce plutôt bien selon le directeur des communications de la FCFA. «Le français deviendra de plus en plus utilisé grâce à l’arrivée des immigrants qui parlent le wolof, le créole, l’arabe, le kabyle ou le bambara, [puisque] le français est tout de même la langue officielle de leur pays d’origine». Beaucoup d’anglophones aussi ont des «conjoints francophones» ou décident simplement d’inscrire leurs enfants dans des écoles francophones.

Les écoles francophones en milieu anglophone ne souffrent pas autant que ce que l’opinion publique le suggère. Les francophones et les anglophones se mêlent bien, selon Marc-Antoine Guilbault, ancien étudiant au collège La Cité, situé en Ontario.

«Les anglophones ont de l’intérêt pour l’apprentissage de cette langue», dit-il, enthousiasmé.

Selon le Canadian Parents for French (CPF), un organisme pancanadien ayant pour but de promouvoir l’apprentissage de la langue française comme langue seconde dans l’ensemble du Canada, le français est aussi important que l’anglais. Le CPF aimerait que  les deux langues vivent ensemble en se «respectant mutuellement, en comprenant et en appréciant la dualité linguistique intégrale à la société». L’organisme organise des activités pour promouvoir le français, comme des camps d’été et des concours d’art oratoire.

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