Au-delà du découpage territorial

lundi 11 mars 2019 8:51

Le phénomène de gentrification, découpant l’île de Montréal à une vitesse accélérée, engendre avec lui une division sociale.

Par Sarah Rahmouni


Devant cette tendance urbaine d’embourgeoisement qui se répand dans les quartiers de Montréal, l’ouest de Villeray n’y fait pas exception. Le quartier se voit scindé en deux, une moitié développée et l’autre en proie à un découpage socio-territorial.

C’est d’ouest en est, de l’avenue Casgrain à la rue Garnier, que le phénomène de gentrification est notable dans Villeray. Le quartier tend vers une division progressive qui peut être circonscrite à partir de l’avenue Christophe-Colomb.

À proximité des stations de métro Jean-Talon, Jarry et De Castelnau, l’ouest de Villeray occupe un emplacement géostratégique dans le centre-nord de Montréal, attirant plusieurs projets d’aménagement tels que des cafés, des restaurants branchés, des supermarchés et des condos. Ces développements ont pour effet d’augmenter le coût de la vie dans le quartier, et ce au détriment du secteur est de Villeray, majoritairement composé de locataires à faibles revenus. Alors que ces derniers ont besoin de logements à prix abordables et de coopératives, la Ville semble plutôt prioriser «un développement vers les riches», dénonce la directrice de la Maison de quartier Villeray, Magdouda Oudjit. Maintenant que Villeray est considéré comme un quartier plus développé, «les subventions gouvernementales ont diminué par rapport à Saint-Michel et à Parc-Extension», ajoute-t-elle.

«La gentrification est un phénomène qui se traduit par un réinvestissement assez important des quartiers ouvriers situés à proximité des centres-ville», explique le professeur à l’École de travail social de l’Université du Québec à Montréal, Louis Gaudreau. C’est ce qui explique, selon lui, cette concentration du développement dans le secteur ouest. Une hausse des valeurs foncières et un renouvellement de l’offre commerciale attirant de nouveaux résidents sont observables.

 

Vers des sociétés immobilières

Témoin du phénomène, Magdouda Oudjit soutient que cet embourgeoisement serait le résultat de l’élargissement du Plateau-Mont-Royal, qui s’étend peu à peu vers Villeray, annexant juste avant lui la Petite-Patrie. Arrivée en mai 2002 dans l’arrondissement, elle estime la construction du premier condo à 2009 sur la rue Garnier. Depuis, une dizaine de condos auraient été construits dans les dix dernières années, en comparaison à la construction d’une seule coopérative durant la même période de temps.

«Ce dont on a besoin, c’est des habitations à prix abordables, pas des condos», soutient Iris, une mère monoparentale qui habite l’est de Villeray depuis 2011. Louis Gaudreau, du même avis, dénonce l’incapacité du marché de l’immobilier de prendre en charge et de répondre aux besoins des communautés en matière de logement et de consommation. La solution semble plutôt tendre vers un développement qui se veut social pour assurer sa viabilité sur le long terme, explique-t-il.

Leave a reply

required

required

optional