Épiceries zéro déchet : des mensonges en vrac?

lundi 11 mars 2019 9:23

Réclamer une pratique zéro déchet et l’exercer sont deux actions bien différentes; les épiceries en vrac l’ont constaté et font face à une impasse.

Magalie Masson


La politique zéro déchet des épiceries en vrac québécoises les distingue des marchés d’alimentation populaires, mais il reste à prouver si leur approvisionnement est aussi écologique qu’il ne le laisse paraître.  

La disposition en vrac est le système adopté par les épiceries zéro déchet afin de réduire le suremballage, et par conséquent, l’empreinte écologique collective. L’absence d’emballage sur les étagères de ces épiceries soulève des questionnements quant à l’approvisionnement de masse. Il arrive que les produits aboutissent dans l’arrière-boutique dans des empaquetages individuels, mais que l’épicerie continue de prôner une conviction écologique.

Une employée d’une épicerie zéro déchet de Montréal qui a préféré demeurer anonyme a mentionné qu’à son travail, «si le produit est emballé individuellement, ça ne passe pas». Ce fut le cas d’une commande que le propriétaire a refusé et a renvoyé au fournisseur, en raison du suremballage. La recherche pour trouver des aliments empaquetés en grande quantité, avec le moins d’emballage possible, est laborieuse. «L’effort est mis, mais ce n’est pas hypocrite comme système», soulève-t-elle.

Le respect des mesures sanitaires fait aussi obstacle à l’objectif zéro déchet, dénonce une employée d’une épicerie zéro déchet de la Rive-Sud de Montréal. «Les brosses à dents que nous vendions devaient absolument être emballées, mais elles l’étaient avec du plastique. Nous avons donc changé de compagnie pour avoir un emballage avec une plus petite empreinte écologique», mentionne-t-elle.

«Quelques produits, comme le lait, fonctionnent avec un système de consigne. Quand le client rapporte le contenant vide, on lui remet un certain montant et on renvoie le contenant au fournisseur pour qu’il le remplisse [à nouveau]», explique un employé d’une épicerie zéro déchet montréalaise, qui a lui aussi préféré demeurer anonyme. La majorité des aliments demeurent livrés dans des boîtes en carton et des sacs de plastique. «Dans ces cas-là, on va plus souvent recycler que jeter l’emballage», ajoute-t-il.

Une variation de prix considérable

Les épiceries zéro déchet sont confrontées à une critique, soit celle de la variation des prix, pour un même produit, entre différents commerces zéro déchet. Selon la présidente de l’Association québécoise zéro déchet (AQZD), Élodie Briant, cette variation est attribuable à de multiples facteurs. Les prix des aliments biologiques et locaux, par exemple, seront plus élevés en raison des coûts de production rattachés. Les quantités et volumes achetés peuvent aussi avoir une incidence sur le prix de vente, tout comme le nombre d’intermédiaires et de distributeurs dans la chaîne de production des aliments.

«Plus les gens vont consommer dans les épiceries zéro déchet, plus il y aura de la demande. Les épiceries pourront alors s’associer, partager certains coûts, et ce sera moins cher», mentionne Élodie Briant. L’homogénéisation des coûts pourrait ainsi se réaliser, à condition que la demande y soit. Par leur politique zéro déchet, les épiceries en vrac proposent une nouvelle façon de consommer les aliments et démontrent que l’habit ne fait pas le moine. Reste à voir si cela emballera les consommateurs.

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