Parlez-en, mais pas trop fort

lundi 11 mars 2019 9:38

Si certains bars montréalais sont reconnus pour leur devanture ou leur insigne distinctifs, les speakeasy font parler d’eux parce qu’ils sont invisibles.

Gabriel Provost


De la porte cachée au mur pivotant, en passant par des énigmes à résoudre ou par des boissons alcoolisées personnalisées, tout dans ces endroits a été pensé pour attirer une clientèle à la recherche d’une soirée hors du commun.

Tous ces éléments se retrouvent dans de petits lieux surnommés speakeasy, qui ne comptent souvent qu’entre vingt et soixante places assises. S’ils sont invisibles pour bien des passants et que peu de buveurs les connaissent, c’est parce que c’est l’objectif de leurs propriétaires, qui n’annoncent pas la présence de leur commerce. Pour avoir accès à ces lieux, certains d’entre eux exigent qu’une demande d’adresse soit d’abord effectuée à partir du site internet du bar, comme au 4e mur. Par la suite, la localisation est donnée.

Ainsi, cela réduit le nombre de clients qui se présentent. «Ici, il va toujours y avoir une place assise et on ne vous sortira pas parce qu’il y a du monde qui arrive», affirme le barman du speakeasy Le 4e mur en préparant un cocktail à l’aide des deux bouteilles d’alcool fort qu’il tient dans une seule main. «On vient ici parce que c’est plus tranquille et pour la qualité des drinks», explique un client habitué de l’endroit qui y vient souvent avec sa conjointe. Le couple est assis au bar, en face de l’imposante collection de bouteilles servant à préparer les breuvages.

Un concept qui ne date pas d’hier
Le concept des speakeasy date de l’époque de la prohibition aux États-Unis, qui a été mise en place entre 1919 et 1933 dans la plupart des États au sud de la frontière canadienne. Dans les grandes villes américaines, l’alcool coulait tout de même à flots dans des établissements secrets où se retrouvaient les consommateurs, même si boire était une pratique illégale à l’époque. Certains de ces établissements, selon le Mob Museum, qui se veut un musée du crime organisé, étaient gérés par le crime organisé et présentaient divers spectacles. On y aurait aussi popularisé les fameux cocktails en mélangeant boissons sucrées à l’alcool pour camoufler le goût fort de celui-ci, qui parfois était de mauvaise qualité.

Aujourd’hui, le concept est repris avec le même esprit qu’autrefois: l’aspect mystérieux et secret. Divers éléments, comme les barmans et leur habillement chic, créent dans les speakeasy une ambiance unique. Par contre, attirer des clients par le bouche-à-oreille et sans publicité n’est pas si facile. Selon Catherine Viau, experte en marketing, «un commerce ne peut pas vraiment survivre sans publicité.» «Toutefois, plusieurs utilisent la publicité envoyée [par courriel] aux [abonnés sur les réseaux] pour subsister», complète-t-elle. C’est par l’entremise des réseaux sociaux que les propriétaires de speakeasy s’assurent une clientèle fidèle, avide de cocktails originaux et de recoins occultes montréalais.

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