Le cheerleading, ce mouton noir qui rêve aux Olympiques

lundi 11 mars 2019 9:55

Le cheerleading, sport d’équipe de haute voltige souvent dénigré par les puristes, a amorcé des procédures pour être reconnu par le Comité international olympique (CIO).

Félix Desjardins


En 2020, aux prochains Jeux olympiques (JO) de Tokyo, cinq nouveaux sports seront ajoutés aux 37 disciplines présentées à Rio en 2016; de quoi faire rêver des sports hétéroclites comme le ski nautique, le billard, le squash et même le cheerleading.

Selon le site des Jeux du Québec, le cheerleading, profondément ancré dans la tradition américaine, a grandement évolué depuis ses balbutiements, à la fin du XIXe siècle. D’abord exclusivement masculin, il s’est largement popularisé au début des années 1960 lorsque les Colts de Baltimore, ancienne formation dans la National Football League (NFL), s’étaient associés à des meneuses de claque à des fins de divertissement pour le public. Ce n’est qu’en 1978 qu’une première compétition, la Collegiate Cheerleading Championships, fut télévisée. Depuis, la discipline a fait des pas de géants grâce à l’organisation d’événements internationaux et à son implantation en Europe, en Asie et en Océanie.

 

Mission réussie à Pyeongchang

Athlète pour le club Flyers All Starz, qui participe à des compétitions mondiales, Carolane Mantha s’est rendue, en compagnie de ses coéquipières, à Pyeongchang aux Jeux d’hiver en 2018 pour promouvoir le cheerleading. Les démonstrations avaient lieu parallèlement à des épreuves comme le biathlon ou le patinage de vitesse. «On était considéré comme des athlètes olympiques par les spectateurs coréens, qui nous ont réservé un accueil très chaleureux», a affirmé la Repentignoise.

Les impacts d’une possible participation à cet événement quadriennal d’envergure seraient colossaux, selon la directrice générale de la Fédération de cheerleading du Québec (FCQ), Barbara Émond. Non seulement elle permettrait d’accroître la visibilité mondiale du cheerleading, mais elle mettrait aussi un frein à tous les stéréotypes qui catégorisent encore celui-ci comme une activité d’encouragement et non une discipline athlétique en soi.

 

Un sport encore stigmatisé

Les rumeurs et les pourparlers qui évoquent que le cheerleading deviendrait éventuellement une discipline aux JO n’enflamment pas l’ensemble de la communauté sportive. Selon l’ex-président de la Fédération québécoise d’athlétisme (FQA) et ancien olympien Michel Portmann, «on ne devrait pas qualifier, tout comme la pétanque, le culturisme et les échecs, le cheerleading de sport». Il n’est pas convaincu que ce processus ait été enclenché pour les bonnes raisons. «On pourrait croire qu’ils ne savent plus où trouver les moyens de faire de l’agent […], probablement sous l’influence de certains lobbys, pense-t-il. C’est décevant.»

Barbara Émond dément toutefois cette hypothèse et maintient que le cheerleading, pratiqué par 10 000 à 12 000 personnes au Québec, n’est pas sous-subventionné. «Actuellement, on a le soutien et les ressources nécessaires du ministère pour fonctionner», affirme-t-elle.

Mis à part la nature même du sport, qui, tout comme la gymnastique, la boxe et le plongeon, peut être critiquée en raison de son système de notation subjective, plusieurs stéréotypes ombragent cette discipline.

 

Une désexualisation nécessaire?

Le reproche le plus courant selon l’opinion publique relève des codes esthétiques qui sont imposés aux athlètes. Mme Émond est toutefois catégorique: le costume, défini par des organisations internationales, est choisi pour des raisons de sécurité uniquement. «Nous n’avons pas de bâtons ou de mites. Nous avons des boucles, du maquillage et un costume. Peut-être que cela entretient une image féminisée ou sexualisée du sport, mais ce n’est pas l’intention», confirme l’athlète Carolane Mantha.

Pour se dissocier de l’hypersexualisation du cheerleading, certaines mesures ont été mises en place, notamment en imposant le port d’un survêtement aux athlètes qui attendent leur performance sur les lignes de côté . Même si le Québec doit suivre les normes esthétiques régies par les fédérations mondiales, la directrice générale de la FCQ ne les juge pas essentiels au sport et croit que l’on pourrait éventuellement s’en dissocier. Il n’est donc pas impossible que le maquillage ou la boucle soient un jour abandonnés dans l’optique de focaliser l’attention du public sur les aspects davantage athlétiques.

Ce changement pourrait démanteler certaines croyances qui tendent à associer un genre à ce sport. Même si les équipes de haut niveau sont toutes mixtes, cette perception peut décourager certains parents d’inscrire leur fils dans des clubs amateurs. Selon Barbara Émond, «une participation aux Jeux olympiques pourrait contribuer à la popularisation du sport auprès des garçons», notamment grâce à un plus grand temps d’antenne.

En analysant un portrait plus global de l’institution olympique, force est d’admettre que l’ajout de nouveaux sports semble complètement irrationnel, selon Michel Portmann. «Les coûts d’organisation sont de plus en plus élevés et bientôt, personne ne voudra les organiser. […] On peut s’interroger sur la pertinence des JO aujourd’hui,  De Coubertin doit se retourner dans sa tombe.»

Les sceptiques comme M. Portmann peuvent être rassurés pour le moment: le processus d’évaluation et de soumission de nouvelles disciplines prend près d’une décennie. Les derniers admis – le surf, l’escalade, le baseball, le skateboard et le karaté – ont fait leur demande officielle au CIO en 2013, et ce après plusieurs années de spéculations.

 

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