Les horloges du sommeil

lundi 11 mars 2019 11:40

Alors que la tendance est à se lever le plus tôt possible croyant que cela augmente la productivité, de récentes études démontrent qu’un bon sommeil ne dépend pas de l’heure du lever.

Ariane Chevrier


La lumière du matin serait un gage de succès selon plusieurs auteurs qui ont repris la populaire expression l’avenir appartient à ceux qui se lèvent tôt. Pourtant, de récentes études démontrent que l’important ne serait pas de se lever au chant du coq, mais plutôt d’avoir une bonne hygiène de sommeil qui concorde avec nos horloges circadiennes.

Une étude publiée dans la revue scientifique British Medical Journal en 1998 avait comme objectif de vérifier la maxime popularisée par Benjamin Franklin. Les chercheurs Catharine Gale et Christopher Martyn, scientifiques cliniques de l’unité épidémiologique de l’Université de Southampton en Angleterre, ont utilisé un échantillon de 1229 hommes et femmes âgés de 65 ans et plus. Les résultats de cette étude n’ont pas réussi à démontrer que ceux qui se couchent et se lèvent plus tôt (29% de l’échantillon) ont plus de succès que ceux qui font le contraire (26%). Selon les analyses, il n’y avait pas assez de preuves pour conclure que les matinaux possédaient un intellect supérieur, un meilleur salaire ou même une meilleure espérance de vie.

Ce qui explique que certains préfèrent se lever très tôt le matin alors que d’autres se lèvent au début de l’après-midi, ce sont les rythmes circadiens. Les horloges internes présentes dans nos organes se basent sur ces périodes d’environ un jour pour dicter plusieurs facteurs de la vie quotidienne tels que la température corporelle et le rythme éveil-sommeil. «[Les rythmes circadiens] sont influencés par des indices externes comme la lumière et l’obscurité. Je pense que la rumeur vient de là. […] On devrait se lever tôt pour profiter de toute la luminosité», explique Emmanuelle Bastille-Denis, psychologue et fondatrice du Centre de traitement contre l’insomnie.

«Puisque nous ne sommes pas tous pareils, […] nos horloges fonctionnent de la même manière, mais pas tout à fait», explique Nicolas Cermakian, professeur agrégé à l’Université McGill et chercheur au Centre de recherche de l’Institut universitaire en santé mentale Douglas. Chacun naît avec une personnalité du sommeil, déterminée par la génétique, ce qui crée une préférence quant aux heures de lever et de coucher.

 

Les conséquences du manque de sommeil

Une dette de sommeil peut entraîner, entre autres, des difficultés de concentration, une plus grande sensibilité aux variations d’émotions et un système immunitaire plus faible. «À vouloir trop contrôler son sommeil, la personne perd le contrôle dessus et elle se mène en épuisement», précise Mme Bastille-Denis.

«Ce n’est pas d’être du matin qui est important, mais c’est d’avoir un train de vie qui est en accord avec nos horloges internes», explique Nicolas Cermakian.

Le décalage horaire social consiste en un écart entre le cycle de sommeil naturel et le train de vie mené en société. Il pourrait engendrer des conséquences néfastes sur la santé. «Dans notre société, ce décalage social est de plus en plus grand», constate-t-il. «Par exemple, environ 20% de la population travaille de nuit et c’est démontré qu’après plusieurs années, cela peut amener un dérèglement des horloges circadiennes. [Ce décalage] grandissant pourrait amener de sérieux problèmes de santé publique et personnelle.»

Leave a reply

required

required

optional