Jusqu’au dernier mégot

dimanche 13 novembre 2011 6:14

Par Sandrine Champigny

Malgré toutes les réglementations, le nombre de fumeurs ne diminue pas au Québec.  Autrefois connue comme le «cendrier de l’Amérique» la province est l’un des endroits où, encore aujourd’hui, le taux de tabagisme est le plus élevé au Canada.

Bien qu’il ait drastiquement diminué dans la population en général depuis 1987, époque où le taux de tabagisme de la province atteignait les 40%, le taux actuel ne semble pas décroître.  Tournant autour des 20%, le nombre de fumeurs reste stable. Flory Doucas, porte-parole et co-directrice de la Coalition québécoise pour le contrôle du tabac, explique cette stagnation par une difficulté des organismes de lutte à prendre des initiatives en ce qui concerne la prévention du tabagisme.  «On doit constamment agir en réaction aux industries qui réussissent à court-circuiter les lois mises en place», enchérit-elle.

La loi anti-tabac de 2006, qui inclut l’interdiction de fumer dans tous les lieux publics et la réduction du nombre de points de vente, amène un changement de mentalité et d’habitude chez les fumeurs, mais ne diminue pas le tabagisme. «Nous avons remarqué qu’un fumeur sur deux ne fumait plus du tout lors de ses sorties dans les restaurants un an et demie après la loi, explique Annie Montreuil, conseillère scientifique pour un groupe de recherche et de surveillance sur le tabagisme à l’Institut national de santé publique du Québec. Mais dans les domiciles privés, aucune baisse dans les habitudes de consommation n’a été remarquée.»

Un changement plus marqué se fait sentir dans l’attitude des grands distributeurs de cigarettes. Les compagnies trouvent des moyens de contourner les nouvelles lois établies par le gouvernement en exploitant toutes les failles dont ils peuvent profiter.  Toute une machine de marketing est derrière la mise en marché des cigarettes.  Malgré les photographies du cancer de la bouche, de nouveaux emballages aux couleurs vives sont mis de l’avant pour attirer une clientèle plus branchée et plus jeune. «On a affaire à une industrie prédatrice qui compte sur les jeunes pour renouveler sa clientèle», dénonce Flory Doucas.

Malgré toute la prévention, les jeunes continuent de s’initier à la cigarette, et ce, dès le début de l’adolescence. Selon une étude de la Coalition québécoise pour le contrôle du tabac en 2008, on comptait environ 650 nouveaux fumeurs par semaine, pour un total de 34 100 fumeurs débutants par an.

Le plus alarmant est que les fumeurs minimisent la puissance de leur dépendance, «qui pourrait être comparable à l’héroïne», selon Flory Doucas.  La cigarette est une dépendance qui doit être traitée avec le même sérieux que le serait une dépendance à la drogue, ajoute Annie Montreuil. Ultimement, agir en prévention plutôt qu’en réaction est donc la stratégie adoptée par les organismes de lutte contre le tabagisme dans les prochaines années pour qu’enfin le Québec se décide à écraser.

Crédit photo : Maxime Michaud

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