À deux clics d’une thérapie

lundi 15 avril 2019 11:06

Lauriane Lalonde


La procrastination est une altération à la vie quotidienne des plus dévastatrices. Il est très difficile de s’en débarrasser, et les façons d’atteindre cet objectif sont assez nébuleuses. Faire une to-do list, s’offrir des récompenses au fil de son travail et lancer son téléphone au bout de ses bras sont des astuces qui reviennent régulièrement lorsqu’on part à la recherche de remèdes. Pour ma part, j’ai tenté de ressusciter ma motivation à l’aide d’une méthode hors du commun : l’hypnose en ligne. Voici mon expérience avec cette forme de thérapie inusitée.

Si des signes de méthodes hypnotiques ont été trouvés sur des tablettes sumériennes remontant à l’année -4000, on attribue les débuts de l’hypnose au médecin badois Franz-Anton Mesmer. Il développa en 1778 des théories sur l’hypnose, que l’on associait à ce moment-là au magnétisme. Au 20e siècle, l’hypnose a été très utile pour apaiser les traumatismes des soldats lors de la Seconde Guerre mondiale. Aujourd’hui, on associe l’hypnose principalement à la magie et au monde du spectacle. Toutefois, elle est très populaire auprès des athlètes, car elle peut mener aux déblocages de certaines peurs lors de la pratique sportive.

Je me suis d’abord lancée dans ce projet sans attente et sans objectif. J’ai commencé en douceur à l’aide d’une séance audio disponible sur YouTube. Le site de l’École Française d’Hypnose (EFH) offre de nombreuses séances audio d’hypnose qui sont censées venir en aide à diverses problématiques (tabagisme, anxiété, troubles de sommeil). J’ai pour ma part choisi une séance qui devait me permettre de retrouver mon enfant intérieur. Cette thérapie sonore d’une dizaine de minutes était présentée par Constant Winnerman, praticien en hypnose pendant plus de dix ans.

Winnerman invitait d’abord à respirer profondément et à se détendre, en s’imaginant flotter sur un nuage. Il incitait ensuite à se rappeler un moment d’insécurité, de peur et d’inquiétude ayant eu lieu durant l’enfance. Il fallait ensuite s’imaginer consoler la version enfant de soi-même, pour finalement se rappeler que ce n’est qu’un souvenir, avant de revenir à la réalité.

Ai-je été hypnotisée? Ai-je pleuré, tremblé et émis des gou gou ga ga enfantins? Malheureusement, non. Toutefois, le début de la séance m’a vraiment détendu, je me sentais légère. C’est quand j’ai dû penser à un moment troublant de mon enfance que j’ai légèrement décrochée; ayant eu une enfance  normale et heureuse, je ne pensais à rien de précis, sauf les quelques fois où j’ai fait une crise à ma mère dans des épiceries. De plus, des bruits dans ma maison lors de la séance m’ont déconcentré, ce qui a fragilisé ma réceptivité.

Avides de comprendre ce qui a causé cet échec, nous sommes allées rencontrer l’hypnothérapeute Pierre Bouillon, dans le bureau où il pratique, à Longueuil. Son expertise en hypnothérapie a été très enrichissante à ma recherche, car il est habitué de travailler avec des athlètes et des gens du domaine de la télévision.

Bouillon m’a d’abord expliqué ce qu’est l’hypnose, au-delà de la source principale de revenu de Messmer. «C’est d’abord un outil thérapeutique qui permet de faire appel à autre chose qu’uniquement notre cognition, notre capacité d’analyser les choses. Ça permet de passer par un autre chemin pour atteindre un objectif», raconte-t-il. On rejoint ainsi une zone du cerveau qui analyse les informations par les images et les sensations. Il est aussi important que s’établisse un lien entre l’hypnothérapeute et le patient pour favoriser l’état hypnotique. «C’est un partnership. Je ne peux pas vouloir ce que la personne ne veut pas, car elle risque de tomber dans un état de vigilance. Avant la séance, un lien s’établit pour rassurer la personne», explique-t-il. Ce que j’ai également compris avec cet entretien, c’est qu’une séance d’hypnose doit avoir un objectif précis, une problématique qu’il faut vouloir régler. Après tout, pourquoi aller en thérapie s’il n’y a rien à thérapeuter?

Je me suis donc lancée dans une deuxième séance d’hypnose avec une meilleure connaissance de cause. Afin d’augmenter mes chances de réussites, nous avons opté pour une séance personnalisée à mes besoins et se donnant par webcam, pour augmenter le niveau de connexion entre l’hypnothérapeute et moi. Après quelques clics, j’ai trouvé le site Hypnose-Hypnothérapie, tenu par l’hypnothérapeute français Paul Gabay formé au Banyan Hypnosis Center et pratiquant depuis 15 ans. Lorsque j’ai contacté celui-ci, j’ai eu la chance de communiquer avec un homme ouvert d’esprit, et game de donner du temps pour mon expérience.

Nous avions à établir une problématique à laquelle s’attaquer. Quand j’ai vu le volet procrastination sur le site de M. Gabay, j’ai su que c’était le domaine auquel je voulais m’attarder. Nous avons donc choisi ce défaut à tenter d’éliminer et nous nous sommes donnés rendez-vous deux jours plus tard pour une séance matinale.

À 9 h tapante, encore un peu d’écume sur le coin de ma bouche, j’étais devant mon ordinateur pour joindre M. Gabay dans une conférence vidéo. Après quelques minutes de discussions pour me rappeler le caractère thérapeutique et non magique de l’hypnose, il m’a invité à m’étendre confortablement avant de commencer. Comme dans ma séance précédente, le tout s’amorçait par un moment de relaxation et de grandes respirations. Paul Gabay rentrait ensuite dans le vif du sujet en utilisant l’image d’une télévision où nous sommes le spectateur d’un film qui nous met en scène. Je devais m’imaginer dans ce film, où je serais la meilleure version de moi-même, soit productive, performante, et présente à mes cours du vendredi, mettons. Une première dans cette séance : je devais parler. M. Gabay me demandait de décrire comment je m’imaginais, ce que je ferais de différent si j’étais productive.

Et cette fois-ci, est-ce que j’ai été complètement hypnotisée? Suis-je maintenant un gourou de la productivité? Ai-je terminé tous mes travaux qui sont en plan depuis des semaines? Malheureusement, plus ou moins. J’ai toutefois ressenti que je me suis laissée emporter dans l’état hypnotique tant attendu : lorsque M. Gabay me demandait de me décrire dans le film, je parlais sans vraiment réfléchir, les mots sortaient de ma bouche par eux-mêmes, et après avoir réécouté la séance, je constate que j’y ai utilisé des mots que je n’utilise pas normalement, preuve que j’étais emportée dans l’expérience. De plus, après la séance, je me sentais très reposée et positive (chose habituellement plutôt rare pour moi quand je viens de me réveiller).

Après ces expériences, j’en conclus que l’hypnose en ligne peut fonctionner. Si on fait totalement confiance à notre hypnothérapeute, que l’on est prêt à faire plusieurs séances et que l’on a une problématique que l’on veut impérativement irradier de notre vie, c’est une option à considérer. Et pour les procrastinateurs en chef comme moi-même, ne pas avoir besoin de sortir de chez soi est certainement une caractéristique alléchante de la chose.

Pour écouter la vidéo du cobaye : https://www.youtube.com/watch?v=K4y6BKFQEBA

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