De la parole aux actes

lundi 15 avril 2019 11:44

Bien que l’industrie des lignes téléphoniques érotiques soit aujourd’hui moins prisée en raison du contenu pornographique accessible sur le web, le téléphone rose continue de répondre à la demande.

Magalie Masson


Les lignes téléphoniques érotiques permettent aux consommateurs d’être les acteurs de leur scénario sexuel puisqu’elles rencontrent le consommateur dans sa réalité en répondant à ses fantasmes sexuels : un avantage que la pornographie ne permet pas et qui attire encore une clientèle.

De 1986 à 2007, la chaîne de télévision québécoise Quatre-Saisons (TQS), prédécesseure de V, diffusait le programme Bleu Nuit. Chaque samedi, en fin de soirée, les téléspectateurs québécois avaient droit à une série de films érotiques présentés en boucle à TQS, entrecoupés de publicités destinées aux adultes. Les lignes téléphoniques érotiques qui affichaient leur numéro à l’écran venaient extirper les téléspectateurs de leur statut passif devant les films. Les années 1980 et 1990 venaient ainsi marquer la belle époque des sexlines.  

Érotisme vs pornographie

L’accessibilité et la gratuité du contenu pornographique sur le web ont progressivement favorisé le déclin des lignes téléphoniques érotiques. Les lignes telles que Sexytel, Réseau folie et Conversations érotiques au Québec demeurent pourtant actives, en raison de leur offre de service particulièrement bien ciblée. La valorisation des dimensions affectives et relationnelles de la sexualité est ce qui semble les maintenir en vie dans l’industrie. Pour Virginie Lavoie-Dugré, sexologue et psychothérapeute, il existe une différence entre la pornographie et l’érotisme. «La pornographie met l’accent sur l’aspect visuel de la relation sexuelle avec les gros plans d’organes génitaux, explique-t-elle. À l’inverse, l’érotisme joue davantage avec la personne dans son ensemble, dans son intimité et sa sensualité.»

Lors d’un appel téléphonique érotique, une relation se construit entre l’employé et le consommateur à l’aide du langage utilisé, des descriptions, des sons et des gémissements de chacun et nécessite une participation du client. Le téléphone rose lui permet ainsi d’être l’acteur du scénario sexuel, alors que la pornographie le situe comme un observateur témoin de la scène.

Le pouvoir des sons

«On se concentre plus sur l’image avec les magazines, les films et les romans. Pourtant, on se rend compte rapidement que les sons liés à la sexualité parlent beaucoup aux gens. Il y a une performance vocale dans la sexualité», estime le cinéaste et écrivain Éric Falardeau qui est aussi candidat au doctorat en communications avec spécialisation en études pornographiques à l’Université du Québec à Montréal.

Cette performance vocale permet d’entendre son partenaire avoir du plaisir, ce qui fait augmenter l’excitation sexuelle, ajoute Virginie Lavoie-Dugré. Bien que les sons puissent à eux seuls permettre d’imaginer des scènes sexuelles, les descriptions au bout du fil ont leur importance, souligne-t-elle. «[Lors d’un appel téléphonique érotique], le consommateur va demander qu’on lui décrive certaines choses, comme si l’employé lui racontait son fantasme. En l’entendant d’une vraie personne, il se l’imagine et l’excitation se crée.»

Pour personnaliser leur service érotique, certaines entreprises affichent désormais le profil de leurs employés. Après m’être entretenue avec Emma et Camille, employées de lignes érotiques, force est de constater la difficulté d’obtenir des informations de ce milieu qui s’exécute dans l’ombre. Malgré le fait que l’accès à l’autre paraisse aujourd’hui illimité avec la technologie, les lignes téléphoniques érotiques rappellent que le contact humain peut prédominer sur la relation virtuelle.

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