Internet comme lieu de culte

mardi 16 avril 2019 12:00

À l’ère des médias sociaux numériques, le web sert de levier aux nouveaux cultes désirant se propager à grande échelle.

Thomas Brousseau


Le réseau social Facebook s’est révélé être une véritable pouponnière à cultes : groupes satanistes, wiccanisme et nouveaux mouvements religieux s’y côtoient quotidiennement. L’un d’entre eux, l’Hypérianisme, se propage rapidement par l’entremise du web.

Le meneur du mouvement hypérien dénommé Morgue, suivi par plus de 290 000 personnes sur Facebook, invite son audience à transcender au-delà de l’humain ordinaire. L’homme aux longs cheveux blonds et au visage maquillé propage sa philosophie inspirée de Nietzsche grâce à des vidéos qu’il publie sur sa chaîne Youtube MorgueOfficial, comptant plus de 64 000 abonnés.

Dans une panoplie de capsules d’une dizaine de minutes, Morgue dénonce la religion et la science en général, puisque le monde comme il est perçu ne serait qu’une grande illusion alimentée par les sens humains. «Ne croyez pas le mensonge [qui dit] que les scientifiques sont du côté de la logique et de la raison, ils sont du côté de l’information sensorielle faillible», est-il possible de lire sur le site officiel du mouvement.

L’Hypérianisme s’étant grandement propagé à travers les médias sociaux depuis 2017, les membres ont toutefois tenu leur premier rassemblement physique officiel à Los Angeles le 23 mars dernier. Selon les membres, la «vérité», réponse à toutes les questions existentielles, résiderait dans les mathématiques, qui seraient à la base de toute existence. Le meneur du mouvement invite ses disciples à se détacher de leur corps mortel et de leurs sens physiques qui leur cacheraient cette «vérité» en explorant leur subconscient et en développant leur esprit. Pour l’instant, le mouvement gagne en popularité aux États-Unis, mais le meneur Morgue veut étendre l’Hypérianisme à l’ensemble du globe.

 

Le charisme pour convaincre

D’après le directeur de l’ONG Info-Secte, Mike Kropveld, le meneur d’un mouvement de ce genre est généralement en mesure de répondre aux questionnements typiques de ses membres : pourquoi existe-t-il des problèmes dans le monde, que va-t-il se passer dans le futur ou encore comment l’individu peut changer le monde dans lequel il vit. «En général, les gens rejoignent un culte parce qu’ils ont besoin de croire ou d’appartenir à quelque chose, souvent pendant une période de transition dans leur vie, ajoute-t-il. Ils y recherchent un certain sentiment d’appartenance et se réconfortent dans l’encadrement que leur procure le culte.»

Les figures de ces mouvements sont généralement très charismatiques et de bons orateurs. Pour eux, séduire leur audience est une tâche facile, qu’ils pratiquent quotidiennement. «Ce sont des gens très convaincants, car eux-mêmes sont convaincus. Les gourous voient noir et blanc, il n’y a pas de nuances ou de doutes, ce qui ajoute à leur pouvoir de persuasion», précise M. Kropveld.

Même si ce type de mouvements tend à se répandre facilement grâce à l’Internet, il est difficile de mesurer l’ampleur réelle de leur popularité, car le nombre d’abonnés aux différentes plateformes peut être amplifié par des bots, ces faux profils créés par intelligence artificielle dans le but de gonfler le nombre d’abonnés, ou par de simples curieux qui veulent observer sans vraiment se joindre au mouvement. «La différence avec l’Internet, c’est qu’on est souvent loin des organisations structurées. On reste plutôt vers l’exploration en surface de certains thèmes, sans activisme réel», explique le coordonnateur au Centre de ressources et d’observation de l’innovation religieuse?? de l’Université Laval, Alain Bouchard.

 

Croyances ou motivations financières

En se rendant sur le site officiel de l’Hypérianisme, le visiteur est incité à l’achat de plusieurs livres qui agissent comme véritable bible du mouvement. The Path of Shadow ou The Book of One, par exemple, sont deux ouvrages qui ont été rédigés par Morgue. En supportant le culte financièrement, les adeptes du mouvement peuvent accéder à des «vidéos secrètes» exclusives aux donateurs.

Il est légitime de se demander si les dirigeants de ces cultes croient véritablement en leur philosophie, ou s’ils font usage de leur charisme et de leur talent d’orateur pour profiter financièrement des membres. Par exemple, pour avancer dans la hiérarchie du mouvement hypérien et pour se hisser au rang de «revenant», les membres doivent au minimum avoir acheté et lu un livre de Morgue. Sans compter les ventes de livres, d’articles promotionnels et de dons divers, le meneur du mouvement hypérien touche plus de 1 800 $ US par mois à l’aide de la plateforme de financement participative Patreon.

Le chargé de cours de l’Université Laval Alain Bouchard reste d’avis qu’un meneur de culte doit croire en son message, car le cas contraire entraînerait un mouvement trop éphémère. «Si les leaders ne sont pas sûrs d’eux, il devient extrêmement difficile de tenir la route et leurs mouvements finissent par se dissoudre», indique-t-il. Les spécialistes des nouveaux mouvements religieux croient que le phénomène des cultes en ligne est relativement nouveau et nécessitera plus de recherche dans le futur.

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