Arcanes d’une plante ancestrale

mardi 16 avril 2019 2:19

Visions, voyage intérieur, état de pleine conscience, travail sur soi, médecine alternative ; les fonctions de l’ayahuasca sont multiples et dépendent des besoins de ses usagers.


Par Sarah Rahmouni

De plus en plus populaires auprès des Occidentaux, les retraites d’ayahuasca en Amérique du Sud sont devenues un moyen répandu pour guérir les maux psychiques, à défaut de confier son intégrité spirituelle et physique aux bonnes personnes.

L’ayahuasca est une préparation hallucinogène à base d’écorce de la Banisteriopsis caapi, une liane que l’on retrouve dans les régions tropicales de pays tels que le Pérou, le Brésil et l’Équateur et de feuilles de l’arbuste Psychotria viridis, qui contiennent la molécule psychotrope DMT (Diméthyltryptamine).

«Une retraite permet de vous nettoyer énergétiquement de votre passé, de dépendances récurrentes, de dépressions, afin de dénouer les énergies bloquées, les expériences vécues et non assimilées par le corps et l’esprit», explique le créateur du site web Camino Del Alma (Chemin de l’âme), Stefano. Il s’occupe d’orienter ses visiteurs vers des centres de retraites chamaniques fiables en Amazonie péruvienne, les ayant lui-même testé pendant plusieurs semaines, parfois plusieurs mois. Sa première retraite remonte à 2015 et depuis, il y retourne tous les ans.

«Un centre chamanique est ni plus ni moins un endroit adapté pour Occidentaux qui viennent des quatre coins de la planète pour se soigner, se nettoyer énergétiquement afin de rétablir la connexion avec son soi divin, son être suprême, l’univers», ajoute-t-il.

Au-delà de la médecine contemporaine

Ces retraites sont caractérisées par le sevrage de nombreux produits alimentaires et de toute drogue récréative pour l’optimisation des résultats. Des diètes de plantes «maîtresses» seront faites pour permettre le nettoyage des toxines accumulées par la consommation de nourritures industrielles en complément de la prise du breuvage ancestral dans le cadre de cérémonies menées par un curandero (chaman), soutien Stefano. «Le processus consiste à établir un espace physique propice à l’initiation d’un travail intérieur», indique-t-il sur son site web.

Le spécialiste de la toxicomanie à l’Université de Montréal Jean-Sébastien Fallu soulève d’ailleurs la question de l’ingrédient actif dans une retraite. Dans un contexte de diètes, de méditation, de séminaire de croissance intérieure et de spiritualité, il se demande si l’élément déclencheur est l’ayahuasca ou plutôt la combinaison de tous ces facteurs.  

Toutefois, ce n’est pas tout le monde qui peut prendre l’ayahuasca, avise Stefano, notamment en raison de l’état de santé, psychologique, de traitement médicamenteux ou de l’incapacité de respecter une diète. M. Fallu explique parallèlement que «de manière générale, n’importe quelle substance psychoactive comporte nécessairement des risques». Ces derniers varieraient également en fonction du contexte dans lequel elles sont consommées, notamment en rapport à la quantité, la pureté, la fréquence et le mode de consommation. Stefano tracera d’ailleurs la ligne entre le tourisme chamanique, qui ne tient pas toujours compte de ces précautions, et la médecine traditionnelle ancestrale amazonienne. Ayant lui-même vécu l’expérience, ce dernier assure que «le  »trip » récréatif n’a rien à faire dans votre intention [de consommation], car à la première prise vous allez vite comprendre que les propriétés purgatives du breuvage n’ont rien d’une partie de plaisir», faisant allusion aux effets secondaires pouvant occasionner de forts vomissements et des coliques.

Entre tourisme chamanique et médecine traditionnelle ancestrale

La docteure Jessica Rochester, fondatrice du Céu do Montréal, un centre indépendant de Santo Daime, un mouvement religieux originaire de l’Amazonie brésilienne utilisant l’ayahuasca comme sacrement, évoque elle aussi les dangers du «tourisme d’ayahuasca». Elle explique que même s’il existe de véritables centres gérés de manière éthique et dirigés par des chefs rituels certifiés, «de nombreux autres individus et centres tentent de tirer profit des expériences de Canadiens en quête d’expériences spirituelles lors de leurs voyages en Amérique du Sud».

L’expérience en retraite n’est toutefois pas la seule à avoir avec l’ayahuasca, étant assez accessible dans certains pays du continent sud-américain. Celle vécue par Maude Saint-Pierre Dupuis, étudiante âgée de 20 ans à l’époque, a été d’ordre plus spontanée lors d’un voyage en Équateur, alors que l’opportunité d’une cérémonie s’est offerte à elle. Elle atteste toutefois de l’authenticité de celle-ci, et surtout de la prise encadrée du breuvage par un chaman, lui permettant d’effectuer elle aussi un voyage intérieur d’introspection. «J’aime voir ça comme des portes dans ta tête que tu ouvres, raconte-t-elle. J’avais l’impression d’être entrée dans ma tête comme si c’était un monde.»

La présence d’un véritable chaman aura été indispensable à son expérience. «Ce n’est pas seulement la substance, mais c’est le fait d’être avec quelqu’un qui est là pour recevoir ce que tu sors», soutient-elle, soulevant l’aspect thérapeutique.

 

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