Ibiza: de village à métropole touristique

mardi 16 avril 2019 2:23

L’économie d’Ibiza dépend presque exclusivement du tourisme, mais certaines conséquences de cette industrie ne font pas l’unanimité chez les habitants.


Philippe Julien-Bougie

Située au coeur de la Méditerranée, à près de 90 kilomètres de la côte espagnole, Ibiza n’a pas toujours été la destination populaire qu’elle est aujourd’hui. En réponse au flux explosif de touristes vers l’île, plusieurs citoyens ibiziens se mobilisent pour dénoncer les effets néfastes de cette industrie.

L’île espagnole, considérée comme la Mecque des spectacles de musique électronique a reçu plus de trois millions de visiteurs en 2016. Le tourisme compte indirectement pour 98% du PIB de l’île selon le philosophe et professeur à la Sorbonne, Yves Michaud. Ce dernier a écrit le livre Ibiza mon amour: Enquête sur l’industrialisation du plaisir.

À partir des années 1950, quelques milliers de vacanciers profitent des plages de l’île des Baléares, ce qui transforme graduellement l’économie de troc, basée sur l’agriculture de subsistance des insulaires. «Je connais des gens qui ont commencé à avoir de l’argent liquide dans les années 1970», indique Yves Michaud.

«Le tourisme […] a aussi attiré de nombreux problèmes», soutient le journaliste et écrivain ibizien, Mariano Planells, qui s’insurge contre les conséquences de l’urbanisation massive.

Cette urbanisation, venant de l’afflux touristique, a fait exploser le prix des logements. Il est rendu très difficile de se loger à des prix raisonnables, selon plusieurs habitants de l’île.

Les boîtes de nuit pullulent sur l’île depuis les années 1980. « À Ibiza, de nombreux jeunes drogués et ivres se sont rassemblés pour faire la fête, écouter de la musique et faire du bruit 24/7», déclare M. Planells. «Ils causent de nombreux problèmes de santé publique à cause de ces excès. Les centres d’hospitalisation des urgences sont engorgés, il y a trop d’accidents de la route, de comas éthyliques et de comportements dangereux pour eux-mêmes et pour les autres», renchérit-il.

Le groupe de citoyens Prou!, dont M. Planells est membre, milite contre le tourisme de masse à Ibiza et ses effets néfastes. Au printemps dernier, 500 habitants se sont présentés à une manifestation organisée par le groupe.

«Je suis en total accord avec Prou!. Les  besoins du tourisme de masse provoquent une course à la construction, transformant Ibiza en une “île-ville”», affirme celui qui a enseigné l’histoire au collège français d’Ibiza, Patrick Bott.

Michaud, quant à lui, consent que bien que la majorité de la population favorise une plus grande réglementation liée au tourisme, le groupe Prou! va trop loin dans ses revendications. Il soutient aussi que l’organisation n’a que peu d’adeptes et est peu appuyée, car les Ibiziens, selon lui,  n’ont pas intérêt à perdre des emplois dans le secteur touristique.

Les emplois, souvent saisonniers, dépendent des voyageurs qui ne sont présents que cinq mois par année. «En hiver, de nombreux habitants ont accès à l’assurance-chômage et sont payés par le gouvernement de l’Espagne, explique M. Planells. Mais ce n’est pas tout le monde qui peut le faire».

 

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