Le spice s’invite au pays du thé

mardi 16 avril 2019 2:28

Le spice, cannabinoïde synthétique illégal depuis seulement 2016, cause des ravages dans les rues et les prisons de grandes villes anglaises comme Londres et Manchester.


Félix Desjardins

Certains le désignent comme une «drogue zombie», d’autres avancent qu’il entraîne plus facilement une dépendance que le crack ou l’héroïne. Le spice est difficile à démystifier, mais les dommages qu’il cause sont bel et bien réels.

Le spice, cannabinoïde synthétique qui a été légal jusqu’en 2016, serait «de 700 à 800 fois plus puissant que le cannabis» selon le docteur en criminologie de l’Université métropolitaine de Manchester, Robert Ralphs.

Dans son rapport New psychoactive substance use in Manchester : Prevalence, nature, challenges and responses, M. Ralphs fait état des nouveaux stupéfiants dans la quatrième plus grande ville du Royaume-Uni. Selon les témoignages recueillis dans cette étude, cette substance rend ses utilisateurs «violents» et «malades physiquement», tout en provoquant des «tendances suicidaires».

Un remède toxique

Le spice doit entre autres sa popularité à sa grande accessibilité et à sa valeur marchande dérisoire, selon Robert Ralphs. Son prix, inférieur à celui des autres drogues sur le marché noir, le rend particulièrement attrayant dans la rue et en milieu carcéral.

«C’est intrinsèquement relié à la détresse des détenus et des itinérants, qui veulent s’extirper de leur réalité pour quelques heures et automédicamenter leurs problèmes de santé mentale initiaux», explique-t-il.

Le spice est considéré comme une drogue de classe B d’après le Misuse of Drugs Act 1971. Certains politiciens conservateurs appellent à la reclassification du produit de B à A, aux côtés de drogues dures comme la méthadone et la méthamphétamine, ce qui renforcerait les peines pour sa possession ou sa vente. Toutefois, cet exercice serait futile d’après M. Ralphs. «Les consommateurs sont souvent des ex-adeptes de crack ou d’héroïne et les vendeurs possèdent généralement aussi des stupéfiants de classe A. Cela ne découragera personne», précise-t-il. Dans son étude, il a d’ailleurs sondé des sans-abris pour s’enquérir de leur motif à fumer des cannabinoïdes synthétiques, alors que le produit n’était pas encore proscrit. Moins de 5% des répondants justifiaient leur consommation par la légalité de cette drogue.

Une tempête dans un verre d’eau

Qualifiée comme le plus «sévère problème de santé publique en plusieurs décennies» par le commissionnaire de la police du Lincolnshire, Marc Jones, l’affaire a pris des proportions démesurées, selon Timothy Millar, docteur en épidémiologie et spécialiste de la dépendance à la University of Manchester.

«Le spice est consommé en public et est visible par les masses, ce qui a beaucoup attiré l’attention des médias et de la population», avance M. Millar. Il justifie entre autres cette hypothèse en scrutant les morts causées par le spice en 2017, qui sont près de 2000 fois moins courantes en Angleterre et au pays de Galles que pour les opiacés.

M. Millar et M. Ralphs s’entendent toutefois sur le fait que les personnes sans domicile fixe ne reçoivent pas le soutien nécessaire pour être à l’abri de drogues dangereuses comme le spice. La situation est d’ailleurs d’autant plus difficile depuis l’inauguration des politiques d’austérité du gouvernement conservateur anglais, alors que le nombre de sans-abri aurait triplé depuis 2010, selon l’organisme Roundabout.

 

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