L’Assemblée nationale de l’humour

mardi 16 avril 2019 3:21

La joute politique a souvent la réputation d’être assez monotone, si bien que quelques élus tentent de se démarquer en y allant d’interventions colorées : un pari qui peut être risqué.


Justin Vézina

Certains députés élus, autant à Québec qu’à Ottawa, utilisent l’humour et la «politique spectacle» d’une façon ingénieuse pour espérer, notamment, gagner en popularité auprès du public et des médias.

«Ça marque l’imaginaire, affirme le député conservateur de Lévis—Lotbinière, Jacques Gourde. Ça permet à la population de te reconnaître. La politique de façon formelle ce n’est pas ce qu’il y a de plus drôle.» Il ajoute que de lire et de comprendre des projets de loi, c’est peu divertissant.

Selon la professeure de politique à l’École nationale de l’humour, Julie Dufort, les politiciens auraient plusieurs objectifs en tête lorsqu’ils utilisent une goguenardise. «Ça peut être pour aller chercher des votes, pour aller gagner un sentiment d’appartenance avec le politicien ou pour ridiculiser quelqu’un», explique-t-elle. Toutefois, le public cible se trouve rarement au parlement, précise Jacques Gourde. «Le message ne passe pas mieux, mais il va rejoindre beaucoup plus de gens», souligne-t-il.

Pour le chroniqueur politique de Radio-Canada et ex-député du Parti québécois, Mathieu Traversy, l’humour est «universel» et rappelle que les politiciens sont «tous humains malgré les divergences politiques». «Cela apporte une certaine humanité dans la joute oratoire», confie l’ancien politicien.

Mme Dufort émet cependant un avertissement. «Une blague qui serait déplacée peut aussi nuire à la perception qu’on a d’un politicien […] tout comme une surutilisation de l’humour peut lui faire perdre sa crédibilité », dit-elle, en faisant référence à l’ancien premier ministre libéral Jean Charest concernant les manifestations étudiantes de 2012.

Jean Charest avait lancé, à la blague, que les manifestations des carrés rouges étaient reliées à leur engouement pour le Plan Nord et non à leur frustration contre la hausse des frais de scolarité. Plusieurs ont interprété ses propos comme s’il prenait la situation légèrement.  

L’intérêt des politiciens pour l’humour ne date pas d’hier. Au XVII?, le philosophe Thomas Hobbes a d’ailleurs justifié la présence de plaisanteries en politique dans son ouvrage Human Nature. Il mentionne que les blagues apportent un sens de supériorité au locuteur et permettent de faire perdre de l’autorité et du prestige aux autres partis.

La politique à l’ère du numérique

Pour Jacques Gourde, il n’y a aucun doute, «quand on est dans l’opposition, on veut entendre le plus parler de nos sujets et l’humour, c’est une bonne façon d’être présenté dans les médias».

Plusieurs plateformes de diffusion d’informations, dont l’émission satirique Infoman, cherchent à retransmettre les faits saillants de la journée à l’Assemblée nationale sur les réseaux sociaux en mettant l’accent sur les moments cocasses. De ce fait, les médias aident à la propagation du message politique. Selon Julie Dufort, la place de l’humour en politique n’est pas remise en cause, puisqu’il s’agirait d’un «jeu de langage».

Mathieu Traversy y voit aussi une porte d’entrée pour le citoyen peu intéressé par la sphère politique. «C’est une façon extraordinaire d’aider les gens à retenir certaines idées ou mieux comprendre l’état d’esprit dans lequel on veut faire passer notre message, affirme l’ancien député de Terrebonne. Ça rend la politique plus accessible et plus agréable à écouter».

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